Weekend au Refuge #10… quelque part au New Jersey

Ce n’est pas avec la fébrilité d’aller courir que je quitte Sherbrooke pour le New Jersey le vendredi 1er avril dernier. Je suis plutôt fatigué de ma semaine de travail. Conduire durant 7h-7h30 sera un ultra en soi. Et j’ai l’impression de vivre mon voyage ainsi.

En quittant en début d’après-midi, je prévois arriver à destination vers 20h. Mais, à peine 30 minutes sur la route, dans l’orage qui envoie des trombes d’eau, un doute traverse mon esprit sur l’intérêt de faire ce trajet.

Deux semaines auparavant, je m’étais inscris à la course de 100 miles (160 km). Je croyais être prêt pour la distance ayant fait plusieurs longues sorties durant l’hiver et ayant déjà accumulé plus de 1500 km depuis le 1er janvier. Le NJ Ultra Festival présente plusieurs distances allant du marathon au 100 miles sur un parcours qu’on répète en boucle. J’y ai déjà gagné le 100 km à deux reprises. Le site pour l’édition 2016 sera différent par contre. On délaisse les terrains plats d’une ancienne voie ferrée pour des sentiers single track, du dénivelé et des traverses à gué. Lors de mon inscription, on nous proposait un parcours de 10 miles. Donc 10 boucles. Mais, un des partenaires de l’événement a faussé compagnie au directeur de course, si bien que la semaine précédant la course, on ajustait le parcours en 2 petites sections totalisant environ 9 km. Pour le 100 miles, il faudra effectuer 17.5 boucles. Bah, y’a rien là! J’ai déjà effectué 25 montées-descentes du Mont Orford.

Alors que l’orage se poursuit, je me dis que ce sera tout de même intéressant de courir en sentiers. Présentement, les sentiers de ma région écopent de la météo et du dégel printanier. Depuis quelques jours, je respecte la transition de la nature en allant plutôt courir sur la route ou sur la gravelle.

Tranquillement, les kilomètres défilent. Mon GPS annonce toujours une distance plus courte pour atteindre ma destination, un camp d’activités, à un certain endroit, dans une région rurale du New Jersey. J’espère vraiment que cet endroit existe…

Enfin, la mi-parcours. Maintenant, il n’est plus question de faire demi-tour.

Et puis, la noirceur tombe. Pas tout à fait. Des éclairs déchirent le ciel puis l’orage fait rage alors que je traverse le pont de la Rivière Hudson non loin de Bear Mountain. Depuis le début de mon voyage, la météo a grimpé de plus de 15°C. J’espère que l’orage ne fera pas chuter la température trop basse pour ma course du matin.

La fatigue me gagne. Je rêve au lit qui m’attend dans le Refuge #10 du camp. Mais, j’ai l’impression de rouler éternellement sur la I-80. On annonce un Rest Area. Je songe m’y arrêter pour la nuit. Mais mon GPS m’indique que la sortie arrive très bientôt. À ce point-ci de mon trajet, je lui fais entièrement confiance. Il me dirige ensuite sur des chemins sinueux où se succèdent plusieurs virages à gauche et à droite… à moins que ce ne soit à droite et à gauche…

Enfin, j’arrive à destination après 8 heures de route. Il est dépassé 21h. Sur le perron du Refuge #10, il y a encore des gens debout. Je reconnais Martin, un guerrier du Québec qui s’alignera sur le départ du 100 km. Deux autres personnes sont assises et exposent leur plan du lendemain. Se mesurer au parcours du 50 miles à la marche et prendre une bière de temps en temps. Leur stratégie ne m’interpelle pas du tout. Une bonne nuit de sommeil, par contre, c’est ce que mon corps réclame. Nous serons finalement 6 à partager le refuge et malgré les ronflements de certains, je réussis à dormir suffisamment bien pour être fin prêt pour mon défi.

12063504_10154572902834918_691974166527336847_nLa plupart des ultra-marathons débutent très tôt le matin. Pour cet événement, le premier départ, celui du 100 miles, mon départ, est prévu à 9h. J’aimerais bien terminer plusieurs de mes boucles en une heure environ pour un temps de course d’environ 17-18 heures. Mais, je n’ai aucune idée du parcours. Avec une semaine plutôt exigeante et une autre tout aussi exigeante qui s’en vient…dès lundi, mon souci est surtout de bien dormir avant de faire le trajet du retour après ma course. Je suis très conscient que cette préoccupation n’est pas idéale lorsqu’on prend le départ d’une course de 100 miles. Dans certaines de mes courses, je me suis permis d’accepter la possibilité de courir une distance plus courte que prévue mais, je n’ai jamais utilisé cette carte. La configuration du parcours me permettra certainement de considérer cette possibilité ici.

10649477_10154572902814918_3188871540093707265_nLe départ est donné avec une température idéale de 8°C et une pluie fine. On annonce un mercure qui grimpera un peu dans la journée avant une pluie plus forte et une chute de la température sous le zéro plus tard en soirée. Treize coureurs s’élancent dans les sentiers. Je prends les commandes dès les premières foulées. Après avoir traversé un petit barrage, j’arrive à la fourche qui détermine les 2 parties de parcours. À droite, pour une section dans les bois et à gauche, pour une section autour d’un lac.

La section en forêt est plutôt agréable. Beaucoup de single track et de switchback. Les couleurs terre dominent le paysage et à certains endroits, la végétation est même verte. La boucle est une succession de 3 montées et descentes avant une dernière montée très abrupte qui nous ramène au point de départ. Au creux de chacune des descentes, il y a un ruisseau à traverser. Deux des ruisseaux se traversent à gué mais il y a possibilité de ne pas trop se mouiller les pieds. Pour le 3e, il faut emprunter un pont suspendu pour le traverser. Les descentes sont plutôt raides avec un plan incliné en dévers. Nous avons un beau point de vue sur une chute vers la fin de cette section.

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1610014_10154572902364918_7887320302177583528_nLa section autour du lac offre un sentier plutôt plat avec roches et racines. Il y a également un large ruisseau à traverser. On peut le traverser à l’aide d’un pont de corde. Comme je ne suis pas là pour faire de l’hébertisme, j’opte plutôt pour la traversée dans l’eau. À mon premier passage, je ne choisis pas l’endroit le moins creux… J’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Quelques foulées plus loin, j’ai déjà l’impression d’être au sec. À la moitié de cette section, les coureurs rejoignent les refuges. Ma voiture garée près du Refuge #10 me servira de lieu de ravitaillement pour ma course. Je termine cette 2e section par une descente courte mais abrupte qui rejoint la même dernière montée que la première boucle.

Maintenant, je dois répéter ce même trajet encore et encore. Et dans ma tête, je fais le compte. Deux boucles sur 17, c’est presque un huitième. Trois, c’est presque un sixième. Quatre, presque un quart. Ça me semble moins gros en décortiquant mon parcours ainsi. En fait, au fil des boucles, je vois cette course en 3 grosses étapes de 6 boucles environ. Les 6 premières pour me mettre dans l’action et ajuster ma cadence. Les 6 suivantes, au cœur même du 100 miles, les plus difficiles. Mais, passer cette étape, garantie la réussite des dernières boucles …Voici le parcours et le dénivelé.

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Mes premières boucles sont exactement dans les temps visés. Un peu moins d’une heure pour chacune. Mais, déjà à la 5e boucle, je commence à trouver le parcours trop répétitif, trop prévisible. Je connais déjà l’emplacement de chacune des souches, des troncs renversés, des sections plus larges, des flèches dessinées par terre. La monotonie s’installe. Et puis, les montées deviennent un peu plus difficiles. Chacune des boucles est un peu plus longue. J’atteins le 50 miles en 9h15 environ. Les descentes ne sont pas faciles non plus étant donné le dévers et l’inclinaison raide. Je commence à considérer l’idée de ne pas compléter le 100 miles mais de plutôt arrêter au 100 km. Pendant plusieurs kilomètres, je réfléchis aux pour et aux contre de poursuivre ou non. Mes 25 montées-descentes à Orford ont pourtant été faciles. Mais là, je ne cours pas pour une cause et je suis souvent seul sur le parcours. Je deviens plus pragmatique lorsque je mets dans l’équation mon besoin de dormir pour avoir un voyage de retour sécuritaire et être en pleine forme pour ma grosse semaine de travail qui m’attend. Ma décision est prise.

Avant la fin de ma 10e boucle, j’annonce au directeur de course mon intention de ne pas compléter le 100 miles. Il essaie de me convaincre de poursuivre. Je mène tout de même la course par 2 boucles, soit environ 20 km. Aussi, si je ne cours que le 100 km, je ne pourrai ni gagner le 100 miles ni le 100 km, n’ayant pas pris le départ officiel du 100 km. Mais, je ne cours pas que pour la victoire. Et 100 km, c’est tout de même un bon entraînement que je n’aurais jamais fait seul par chez moi. Mon aventure aura été tout de même un bel avant-goût de ce que nous offriront les sentiers de l’Estrie dans quelques semaines.

Les 10e et 11e boucles sont beaucoup plus longues bien évidemment. Je termine ma 11e section en forêt avec Martin qui mène officiellement le 100 km. Je conclue mon 100 km en 12h26, très satisfait de ma décision d’arrêter. Il n’est que 21h30, la température est encore bonne, je ne suis pas épuisé, je mange sans problème. Après une bonne douche chaude, je regagne mon refuge pour dormir. Seul Martin dormira aussi cette nuit-là, les autres ayant quitté après avoir terminé ou abandonné leurs courses. Il complètera son parcours du 100 km en 16h06 pour officiellement rafler la victoire.

Durant la nuit, le vent se lève. La pluie froide tombe. Le mercure chute comme prévu. Dans le refuge, on entend la grêle heurter le toit. Même s’il faut être prêt à subir bien des imprévus en ultra, je suis plutôt content d’avoir eu une bonne nuit de sommeil au chaud. Mon voyage de retour se déroule sans problème, aucunement fatigué. J’ai pu entamer ma semaine de travail bien reposé et sans raideur dans les jambes.

Finalement, seulement un coureur complètera le 100 miles. Son temps: 26h31. Tous les autres coureurs du 100 miles ont couru une distance plus courte (50 miles ou 100 km) ou ont abandonné.

Voilà. Maintenant, ma saison de courses en sentiers est lancée. Et, c’est au Marathon de Boston, le 18 avril prochain, que ma saison de course sur route débutera.

Sébastien

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