Duel

Le Spartathlon, une course de 246 km en Grèce, est en soi un énorme défi.

Lorsqu’on débute cette course 5 jours seulement après avoir complété un marathon en duo, le défi devient colossal. 

Lorsqu’un cyclone nommé Zorba s’invite sur le parcours, le défi devient titanesque… pour le corps et l’esprit.

Le  Spartathlon, une course épique suivant  les pas de Pheidipiddes

Retournons à l’époque de la bataille de Marathon en 490 av.JC. Les Perses sont déterminés à conquérir Athènes, une cité qui refuse d’abdiquer tout comme Sparte. Les Perses sont nombreux dans la Baie de Marathon, beaucoup plus que les Athéniens. Ces derniers ont besoins de renforts.

Hérodote, historien grec, raconte dans ses écrits :

« And first, before they left the city, the generals sent off to Sparta a herald, one Pheidippides, who was by birth an Athenian, and by profession and practice a trained runner. . . »

On les appelait hémérodromes ce qui signifie  « qui peut courir toute une journée ». Un messager-coureur dont la mission est de convaincre les Spartiates de venir en aide aux Athéniens pour contrer l’invasion perse. Le trajet est long d’Athènes à Sparte. Près de 250 km entre plaines et montagnes sur un terrain rocailleux et difficile. Mais, cet hémérodrome est qualifié pour la tâche et le choix de Pheidippides est sans équivoque pour le général Miltiades.

Les Spartiates ne sont pas difficiles à convaincre mais leur croyance religieuse commande une trêve militaire jusqu’à la pleine lune suivante entraînant un délai de près d’une semaine pour débuter leur marche vers Athènes. C’est en portant ce message que Pheidipiddes retourne vers Athènes pour le livrer aux Généraux.

Les écrits racontent que suite à une révélation, le Général Miltiades initie une attaque contre l’armée perse. Certains suggèrent que c’est plutôt la retraite de la cavalerie perse vers la flotte qui en est la cause. Le résultat est tout de même éclatant : 6500 Perses meurent ce jour-là contre 192 Athéniens. Les écrits d’Hérodote mentionnent que parmi l’infanterie se trouvait notre valeureux messager-coureur.

Les  Perses battent en retraite sur leurs navires pour attaquer Athènes directement dans la Baie de Phalère. Les guerriers victorieux de la bataille de Marathon entreprennent une longue marche vers Phalère pour défendre leur cité. Ils y parviennent avant que l’armée perse puisse y débarquer. On doit cependant avertir Athènes de la victoire à Marathon.

Les écrits sont moins précis au sujet du messager-coureur nommé pour cette tâche. Ce que l’on sait, c’est qu’après avoir parcouru les 40km séparant Marathon d’Athènes, le messager meurt après avoir annoncé la victoire.

« Nenikekamen ! »

Pourquoi mourir après avoir parcouru une distance qui ne représente qu’une fraction de ce qu’un hémérodrome peut parcourir ? Certains ont prêté le nom de Pheidippides à ce messager-coureur. Celui qui a parcouru près de 500 km lors de son aller-retour Athènes-Sparte-Athènes et qui a participé à la bataille de Marathon pourrait certainement mourir en livrant son message. Ceci ferait une belle conclusion à cette histoire.

La distance du marathon et son histoire sont souvent bien plus connues que celles du Spartathlon. La mort du coureur mais surtout le message livré qui annonce la pérennité des valeurs et des institutions fondamentales du monde grec y est pour beaucoup.

Le Spartathlon qualifié de course la plus difficile

Le Spartathlon est né il y a près de 35 ans alors que 5 coureurs Anglais se sont donnés la mission de courir le trajet parcouru par Pheidipiddes en 36 heures. Pourquoi 36 heures? Selon les écrits d’Hérodote, on apprend que le messager-coureur a quitté Athènes le matin et est arrivé à Sparte en fin de journée le lendemain. Seulement deux des coureurs y parviendront sous les 36 heures. Face à cette réalisation sportive, les Grecs ont décidé de faire revivre ce trajet lors d’une course officielle de 246 km en 36 heures à la fin septembre. La course débute au pied de l’Acropole à Athènes et l’arrivée a lieu au pied de la statue du Roi Léonidas 1er à Sparte.

Outre la distance à parcourir en 36 heures, en quoi le Spartathlon est réellement une course difficile? Voici quelques raisons.

Inscription :

Pour s’inscrire au Spartathlon, il faut avoir couru une course qualificative. Pour les Nord-Américains, ceci inclus : 100 km en 10h, 120 km en 12h, 100 milles en 21h, Western States 100 en 24h ou 180 km en 24h.

Malgré avoir complété une course qualificative, il n’y a que 400 coureurs admis au Spartathlon. Une loterie devient nécessaire parmi tous les coureurs. Comme le Comité Organisateur veut une représentativité internationale, un tirage au sort a lieu parmi les inscrits d’un pays. Certains pays n’ont le droit qu’à un participant et d’autres jusqu’à 60. Heureusement, j’étais le seul représentant du Canada.

Dénivelé :

Une longue montée à partir de la mi-course et les descentes qui suivent ont énormément d’impact sur un corps déjà fatigué.

Temps de coupure (cut-off):

C’est probablement la raison principale pour la qualifier de difficile. Il y a 75 stations de ravitaillement le long du parcours. Chacune est  considérée comme un point de contrôle avec des temps de coupure. Si le coureur n’arrive pas avant la fermeture de la station, il est retiré de la course. Voici quelques jalons à respecter: le marathon doit être couru en moins de 4h45, le 80 km (50 milles) en moins de 9h30 et le 160 km (100 milles) en moins de 22h50.

Trajet du Spartathlon

Visiter Athènes et s’imprégner de son histoire

Durant mon voyage de Montréal vers Athènes, j’amorce le livre de Dean Karnazes Road to Sparta afin de découvrir, par la lecture, ce que je vais vivre lors du Spartathlon. Une belle entrée dans l’univers de cette course. Une course qui est à mon agenda depuis le mois de novembre 2017. Une course pour laquelle j’ai réalisé de longues sorties de plus en plus longues à chaque mois pour que les 246 km soient plus faciles à gérer physiquement et psychologiquement.

Me voilà déjà à l’aéroport d’Athènes le mercredi matin. L’hôtel des athlètes est situé à Glyfada, une ville côtière à 15 km au sud d’Athènes. Lors du voyage en autobus de l’aéroport vers l’hôtel, je m’assois à côté de quelqu’un qui semble être un coureur. Mon intuition est bonne. Il vient de Chypre. Il a déjà participé au Spartathlon mais n’a pu le compléter. Il me déconseille fortement mon idée de revenir à la course après ma visite d’Athènes que je prévois un peu plus tard. Il n’y a aucun trottoir et les gens roulent vite. C’est très risqué.

Enfin à destination : London Hotel. On me jumelle dans une chambre avec un autre coureur, Eiolf. Il est absent. Je le rencontrerai plus tard dans la journée. J’entreprends ma visite d’Athènes en m’y rendant en tramway. Normalement, il fait chaud à Athènes. C’est pourquoi j’ai aimé notre été caniculaire qui m’a permis de m’acclimater aux températures habituelles de la Grèce. Par contre, pour cette visite à Athènes, il fait environ 18°C et les vents sont très forts. Et ce qui s’en vient pour la course n’est guère mieux car on annonce de la pluie.

Première destination : le Stade Panathénaïque bien sûr. Un stade olympique de la Grèce antique. Un vestige intéressant pour un passionné du sport comme moi. Mon tour de piste à la course me fait réaliser que mes jambes sont encore raides. Je n’ai pas récupéré de l’effort fournit quelques jours auparavant lors du marathon de Montréal en duo. Le Spartathlon débute dans moins de 2 jours!!! Je suis un peu inquiet mais je vais devoir composer avec ce que mon corps aura à offrir. Là, je vais profiter de ce stade en allant visiter le musée où je découvre les différentes torches olympiques des Jeux Olympiques de l’ère moderne. J’arpente ensuite les estrades pour explorer les différents points de vue. Au loin, je vois l’Acropole. Ce qui me frappe, c’est qu’on laisse place à tous ces monuments dans une ville exempte de gratte-ciel.

L’Acropole vue du haut des estrades du stade Panathénaïque

En allant vers l’Acropole, je visite le site des ruines du Temple de Zeus ou Olympiéion. Les colonnes encore érigées sont énormes. Je ne m’y attarde pas trop car le vent fort soulève la poussière de ce lieu à découvert.

Ruines du Temple de Zeus

Je trouve finalement mon chemin vers l’entrée de l’Acropole. Aucune file d’attente. Ce qui est un contraste aux deux heures de file d’attente que certains vivront quelques jours plus tard alors que le soleil sera au rendez-vous. Le Parthénon de l’Acropole est évidemment le monument que je veux visiter. En m’y rendant, j’entends la musique des Rolling Stones. Ruby Tuesday et Paint It Black. J’aperçois alors des danseurs sur une scène tout en bas. Je suis tout en haut des gradins de l’odéon d’Hérode Atticus, un théâtre pour plusieurs spectacles. Dans quelques heures, mon spectacle y débutera. Le départ de ma course sera donné de cet endroit. Mais pour l’instant, j’écoute les Rolling Stones et je regarde les danseurs.

Mais toute bonne chose a une fin. Un tour du Parthénon et me voilà dans le tramway pour un retour à Glyfada. En discutant avec deux jeunes Anglaises en voyage, j’apprends que leur croisière est annulée à cause des vents et des intempéries annoncés pour le weekend. Je me demande bien à quoi va ressembler la météo lors du Spartathlon? Elles ont trouvé mon projet de vacances en Grèce un peu extrême.

« Why? But… Why? »

Même ma version courte peut être longue…

Rencontres intéressantes

Dans ces événements où des passionnés de la course sont réunis, on fait souvent des rencontres intéressantes. Certaines rencontres sont également enrichissantes. J’avais le privilège de partager ma chambre avec un vétéran de 14 Spartathlons, un Norvégien de 62 ans, Eiolf.

Lors d’une course en avril au Vermont, un coureur du Massachusetts originaire d’Irlande m’a parlé de son expérience du Spartathlon. Une organisation digne de Championnats mondiaux. Le coût d’inscription est dispendieux mais l’hébergement à Athènes et à Sparte ainsi que les repas et les déplacements sont inclus. Le coureur peut donc se concentrer à se reposer et manger.

Les menus détails de la course étaient encore moins inconnus en jasant avec Eiolf. Toutes ses histoires entourant le Spartathlon m’ont vite fait comprendre à quel point cette course est un événement important dans sa vie. Il a littéralement le Spartathlon tatoué sur le cœur. Un pèlerinage annuel pour cet adepte du transport actif. Je l’imagine courir dans sa Norvège pour aller travailler à son usine. Vivre le bonheur avant les journées ardues au travail. Des nuits sans noirceur et des journées sans ensoleillement. C’est ce qu’il vit à une latitude au-delà du cercle polaire. Lorsqu’il me décrit son petit chalet isolé, je m’imagine des scènes du film Dans les forêts de Sibérie.  Nos nombreuses discussions ont dévié sur tous les sujets qu’on aborde avec un vieil ami. Une personne inspirante.

En compagnie du vétéran Eiolf

Il y a une autre rencontre que je dois mentionner. Celle avec Dean Karnazes. Un coureur aux défis démesurés qui a démocratisé l’ultra-marathon grâce à son livre Ultramarathon Man. Un excellent ambassadeur de l’activité physique et de la persévérance. Il était parmi les inscrits à la course. J’espérais le rencontrer lors de la remise des dossards ou lors du briefing d’avant course. Je trainais donc son livre dans mes bagages pour une éventuelle dédicace. Notre rencontre fut brève mais j’étais comme un petit gamin heureux d’avoir eu l’autographe de son joueur préféré. On a quand même parlé un peu.

DK : What are your expectations for the race?
Me : I don’t know. I have done what’s needed to be done to get here. I know it will be hard at some points but I know I’ll get through it.

Au rythme du Spartathlon

Tout commence devant les portes du théâtre au pied de l’Acropole. L’Acropole, un symbole de résistance et de force qui a bravé les guerres et les intempéries. Effrité mais toujours debout. Des coureurs prêts à affronter ce que le Spartathlon aura à offrir. Un périple qui sera difficile mais un seul but en tête pour tous : se rendre à Sparte et toucher la statue de Léonidas. Aucun doute dans l’esprit des coureurs. L’euphorie et ce sentiment d’invincibilité qui animent tous les débuts de course. Je n’y échappe pas. Nous voilà partie. Il est 7h.

Photo: Sparta Photography Club

La pluie est au rendez-vous et les petites mares d’eau s’accumulent. Déjà, j’ai des tensions dans les quadriceps. À peine 10 minutes se sont écoulées et un train me barre la route. Je dois courir parmi les voitures et tout ce trafic d’un vendredi matin. La prudence est de mise pour sortir d’Athènes car le trajet emprunte les autoroutes également.

Pour simplifier ma course, je l’ai divisée en marathons. Six marathons à parcourir. Un sac avec mes gels et boissons sportives déposé à chacun de ces repères. À chaque deux marathons, il y aura aussi une paire de souliers.

Enfin, je quitte les autoroutes. La pluie se pointe à intervalles irréguliers. Mais elle est là depuis le départ. Et déjà j’ai une ampoule sous mon pied gauche. Au loin, j’aperçois Megara. Un petit village près de la côte. Un premier marathon en 3h30. J’enlève mon soulier et masse la région avec l’ampoule. J’ai l’impression que ça aide. Je repars rapidement. Pendant de nombreux kilomètres, je longe la côte. Des vagues déferlent à ma gauche. La vue est splendide. Un bateau échoué. Des éoliennes. De l’eau à perte de vue…

Photo: Sparta Photography Club

Une raffinerie !!!

« The infamous reffinery », comme me dira un coureur.

L’odeur. Le bruit. Rien pour m’enchanter.  Et toujours de la pluie.

Corinthe. Je traverse le canal. Un canal creusé au travers de l’isthme de Corinthe pour relier deux aires maritimes. Environ 80 km. Presque 7h de course. La cadence est bonne malgré les tensions musculaires toujours présentes. J’espérais tout de même un petit relâchement musculaire.

Photo: Sparta Photography Club

C’est maintenant le temps de changer les bas et les souliers. Un arrêt plutôt court. Une décision importante est cependant prise.

« Je dois ménager mes muscles et ralentir. »

Un rythme plus lent

Les prochains kilomètres m’amèneront toujours plus près des montagnes et de la nuit. Cette décision de diminuer la cadence comme mesure de protection amène une faille dans mon esprit. Et si je ne parvenais pas à compléter le Spartathlon?

La douleur est de plus en plus intense. Je revis des sensations vécues lors de ma première course de 100 milles au Vermont. Une course où j’avais l’impression de m’éteindre graduellement et où la douleur était atroce. Par contre, mon mental est plus fort maintenant face à ces sensations semblables.

Mais, mon mental est-il réellement plus fort?

Plus les kilomètres défilent, plus j’ai l’impression de ralentir. Je n’ai aucune envie d’accélérer. Je sais que je le pourrais. Mon bagage de coureur est riche en expériences de dépassement de soi et de dépassement de mes limites. Mais face à l’inconnu qui s’en vient, tous ces kilomètres  au-delà du 200 km, je dois être prudent.

Mon ego en prend un coup aussi. Je me fais dépasser et re-dépasser. Je n’ose même pas m’accrocher à la cadence des autres coureurs. J’adopte mon rythme lent. Je n’ai aucune envie de me battre. Il y a une limite que je ne veux pas dépasser et mon cerveau en profite pour envoyer des messages de continuer à ralentir. J’ai perdu ce duel mais, au moins, j’avance.

Mon regard se porte sur une masse étendue au sol à ma droite dans un champ. Un cheval à l’agonie? À moins qu’il ne dorme? Une camionnette approche et quelqu’un en sort et crie après le cheval. Je ne connaîtrai pas la fin de l’histoire. La mienne se passe devant. Je dois garder mes forces et me concentrer sur ce qui se passe devant. Mon agonie sera longue mais je dois rester sur mes deux jambes et avancer pour ne pas terminer ma quête, inerte, comme ce cheval.

Orages dans la nuit

À la tombée du jour, les orages débutent. Des éclairs et une pluie intense qui m’impose de revêtir mon imperméable que je transporte dans mon sac depuis le début de la course. J’avais bien prévu le coup. Les orages sont violents. La nuit est plus froide. L’eau s’accumule dans les rues et les sentiers empruntés. Ma vision est limitée. Je dois enlever mes lunettes à cause du ruissellement de l’eau et je n’ai qu’un faisceau de lumière pour éclairer ma route.

Photo: Sparta Photography Club

« Il y aura de la pluie. Rien d’exceptionnel par rapport aux autres éditions de la course ou par rapport à ce que peut subir la Grèce. Ce sera une petite pluie. »

Ce sont les mots du directeurs de course durant le briefing d’avant course. Je n’ai pas la même définition de petite pluie. Et à ce moment, je n’ai aucune idée qu’effectivement, cette pluie est une petite pluie par rapport à ce que je vais vivre plus tard lorsque le jour va se lever.

La route est longue dans cette noirceur. Et puis, au loin j’aperçois de nombreux lampadaires qui éclairent une route. Des lumières fortes. Celles qui éclairent l’autoroute Trans-Peloponnese.  J’ai l’impression que ma route se dirige vers ces lumières mais finalement, le chemin bifurque vers une montée interminable. Elle m’amène au début d’un sentier. Un sommet à gravir dans cette course plutôt qu’un long détour pour l’éviter. Impossible de courir dans les sentiers sinueux et étroits. Monter à flanc de montagne avec des falaises en contrebas.

Enfin!!! Le sommet. Et le vent !!! Et la pluie !!! Encore. La descente dans les sentiers de roches sollicite tous les muscles de mes jambes. Je peine à me stabiliser. À maintes occasions, mes pieds accrochent les cailloux et je perds l’équilibre. Aucune chute. Mais j’ai l’impression d’être un enfant qui fait ses premiers pas. Aucune mémoire musculaire. System malfunction. Tout est au ralenti. Les influx nerveux sont en panne.

Cette descente conclut le 100 milles de la course. Dix-huit heures… et encore 85 kilomètres à parcourir. Par chance, j’y vais étape par étape, de ravitaillement en ravitaillement. Car savoir qu’il me resterait encore 15h45 de course (et de marche) affecterait mon moral certainement.

Un détour dans la nuit

La pluie est encore forte. La nuit aussi. Je traverse des villages endormis. Je m’effrite comme les monuments visités à Athènes. Mais, je suis toujours debout. Et j’avance, condamné à une foulée qui a plus l’allure d’un clopinement. Mes muscles sont en douleur. Mais, j’avance.

La fatigue est présente. Vers 3-4h du matin, c’est toujours un moment difficile. Mon corps qui veut s’endormir. Mon esprit aussi.

J’entends des chiens qui aboient dans la nuit au loin. Je suis sur la bonne voie. Des coureurs les ont probablement extirpés de leur sommeil. Pourtant, j’ai l’impression que c’est le mauvais chemin. Les marques au sol sont absentes. Suis-je vraiment sur le bon chemin? Je ne veux pas revenir sur mes pas et réaliser que j’étais bel et bien dans la bonne direction. J’hésite à retourner. Je poursuis un peu ma route.

Des aboiements dans la nuit. Un peu trop près de moi maintenant. Des grognements. Environ cinq chiens, dont je ne distingue que les ombrages, s’agitent à ma droite sur un terrain. Ils ne sont pas attachés. Une petite montée d’adrénaline et un cri autoritaire pour les tenir éloignés. Ça fonctionne. Ça me confirme définitivement que je ne suis pas sur le bon chemin. Depuis le début de ma course, tous les chiens rencontrés étaient soit sur un terrain clôturé soit en laisse. Et si vraiment la course passait ici, ces chiens auraient déjà eu leur ration avec un coureur passé plus tôt dans la nuit.

Une voiture vient vers moi. Deux personnes à bord me confirment qu’il n’y a aucune marque de la course plus loin. Elles continuent leur route en refaisant le chemin que je viens de parcourir. J’aperçois au loin la lumière des deux coureurs. Ils se dirigent vers moi. En revenant sur mes pas, je croise deux autres coureurs. Cinq coureurs à s’être trompés de chemin? Vraiment? J’ai un doute. Je retourne tout de même sur mes pas. Les gens dans la voiture me confirment que nous avons manqué une indication au sol.

Un détour d’environ 15 minutes alors que mon coussin par rapport au temps de coupure devient précieux.

Un des coureurs égarés me rattrape.

« Hey 215 (mon numéro de dossard)!! You don’t seem to want to give up!!!« 

Je ne suis peut-être pas dans mon meilleur jour, mais je n’ai aucune raison d’arrêter.

Duel contre Zorba

Enfin une accalmie. Le jour se lève laissant place à un ciel nuageux mais sans pluie. La tête haute, je suis fier d’avoir bravé les intempéries. La colère des Dieux grecs a miné mon esprit durant cette nuit d’encre. J’ai maintenant cette conviction que je vais compléter le Spartathlon. J’évalue tout de même mon coussin de temps disponible. En soustrayant l’heure de fermeture de la station à l’heure actuelle, j’ai environ 3h45 de disponible.

Dans mon souvenir, il ne devait pas y avoir d’orages lors de notre deuxième journée.

J’avais tort.

L’accalmie sera de courte durée. Jamais dans toutes mes sorties à la course, dans tous ces milliers de kilomètres parcourus, jamais je n’ai vécu ce que le Spartathlon m’a fait vivre lors des huit prochaines heures. Des vents intenses au-delà de 100 km/h. Des bourrasques à ne pas pouvoir avancer. De la pluie torrentielle. Gracieuseté du cyclone Zorba. Un phénomène rare. Un ouragan qui s’est formé dans la Méditerranée. Sa destination : la Grèce…qu’il frappe de plein fouet. Malgré que mon trajet est très loin dans les terres, Zorba se fraye un chemin jusqu’à moi. Ses vents, qui sont comprimés par les vallées qui m’entourent, font un vacarme déstabilisant.

Le cyclone Zorba frappant la Grèce

Sur une route sans fin, je m’arrête à un ravitaillement. Je me mets à l’abri du vent et de la pluie. Je prends quelques bouchées. Je ne dois pas y rester. Juste ce court instant, ce court arrêt et déjà j’ai froid. Je me retourne. Un mur d’eau telle une chute m’attend. Je baisse la tête et j’avance quelques pas. J’apprivoise ce déluge qui va m’accompagner encore et encore. Quelques foulées. Je relève les yeux pour affronter ce monstre de vents et d’eau. Un rideau d’eau. Un voile pour mes yeux. Un voile pour l’esprit.

Au fil des kilomètres, je n’ai qu’une pensée : Faire un pas et un autre et avancer. Chacun de ceux-ci me rapprochant de la statue de Léonidas. Aucun regard derrière. Tout se passe devant. Mon attention est portée sur chacun de mes pas dans ces rues inondées.

Dans une de ses chansons, Leonard Cohen raconte :

« There is a crack in everything, that’s how the light gets in. »

Il n’y a pas de lumière aujourd’hui. Que de l’eau. Aucune brèche n’est permise. Je me referme. Je trouve refuge dans ma tête.

Faire un pas et un autre et avancer.

The show must go on.

Je ne dois pas laisser la pluie m’arrêter. Je ne dois pas laisser l’eau s’infiltrer dans mon esprit. Il doit rester immuable. Il ne doit pas s’effondrer. Il doit rester érigé comme tous ses monuments visités quelques jours auparavant.

Faire un pas et un autre et avancer.

Mes pensées sont dirigées vers mes trois enfants, mes fidèles supporters. Ou ces deux enfants qui m’ont demandé un autographe la veille après mon passage à Corinthe. Ou Marie-Michelle avec qui j’ai complété un marathon en duo il y a quelques jours. Un record Guinness. Ou encore, mes collègues infirmières qui m’ont envoyé une photo et un message d’encouragement la veille de mon départ. Ça m’avait fait sourire et encore maintenant, je souris. Je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ses enfants que je soigne aux soins intensifs de pédiatrie. Eux n’ont pas choisi de vivre la maladie, leur défi, et pourtant, ils démontrent une résilience qui leur permet de passer au travers. Je réalise également que c’est un privilège de participer à cette course et de pouvoir m’inscrire comme premier Québécois à la compléter.

Je n’ai aucune bonne raison d’arrêter. Toutes ces pensées me permettent de faire un pas et un autre et avancer.

Conditions lors du Spartathlon. Vidéos: Dailymotion et Youtube

Danger!!!

Toute cette pluie. Et ces vents. L’eau qui s’accumule. Et la boue. Je me questionne si Pheidipiddes aurait poursuivi sa quête vers Sparte dans ces mêmes conditions? Et les Perses ne se seraient certainement pas aventurés sur une mer hostile avec la présence d’un cyclone. Mais, moi, ma course continue dans ces conditions dantesques.

Photo: Sparta Photography Club

Jamais, je n’ai pensé que la course puisse être annulée. Mes réflexions sont orientées vers chacun de mes pas. Vers ces débris emportés par le vent. Ou cet arbre tombé qui entrave la route. Avec l’aide d’un Sud-Africain, nous dégageons le chemin. Les intempéries peuvent déjà nuire à une bonne conduite automobile. Cet arbre est un danger tant pour les automobilistes que pour les coureurs. Dans ces courses où l’on côtoie les voitures, le risque de collision est possible. Je n’ai pas encore vécu cela dans mes nombreuses sorties à la course. J’apprendrai, lors des festivités d’après-course, que mon idole Dean Karnazes n’a pu compléter sa course à cause d’un impact par un véhicule. C’était à Megara. Il a poursuivi plusieurs kilomètres mais a dû se résigner à l’abandon. Pas une grosse blessure au final mais un événement assez important pour compromettre son rêve.

« Vous, ultra-marathoniens, vous êtes résistants. Vous avez du courage. »

Ce sont les mots rapportés par Eiolf après qu’il ait discuté avec le directeur de course sur la décision de ne pas interrompre la course. Il aurait été avisé de suspendre la course mais mon histoire aurait été incomplète.

À la recherche de Léonidas

Il ne reste maintenant que cinq kilomètres. Je viens de compléter une très longue descente. Trop longue pour mes jambes.

Quand je visualisais ma fin de course, c’était beaucoup plus magique que ce que je vis maintenant. Ma saison en crescendo vers ce moment unique où je traverse Sparte. La foule. Les enfants à bicyclette pour me guider. Et la statue de Léonidas. Toucher ses pieds et livrer mon message. Boire une coupe d’eau fraîche et recevoir ma couronne d’olivier.

Non.

Rien de magique.

Encore des averses. Et des rafales de vent. Personne dans les rues. Une cité déserte. Chacun des virages m’amenant sur une route encore longue. Aucune statue en vue.

Une seule envie : que la course se termine. Toucher la statue. Prendre ma médaille. Une petite photo pour immortaliser mon finish puis quitter pour l’hôtel pour me réchauffer.

En fait, une phrase me vient en tête dans cette fin de course. Mon mantra lors de ma visite de Sparte.

« Criss que j’ai hâte que ça finisse!!! »

Oh!!! Des drapeaux de différents pays sur les poteaux du terre-plein central. La fin approche. Je vois enfin Léonidas. La statue me semble plus petite que ce que j’imaginais. Il n’y a qu’une vingtaine de personnes dans les alentours. On me couronne tel un champion. Je n’ai pas le temps et je ne prends pas le temps de savourer le moment. J’ai froid. J’accroche un photographe pour qu’il me prenne en photo avec Léonidas et vite, je me dirige vers un abri.

Alors que je m’étais enfermé pour mieux contrôler mes pensées, là, je me permets de sourire aux autres. J’ai vaincu toutes ces épreuves, toutes ces pensées négatives, toutes ces douleurs. J’ai vaincu Zorba. J’ai vaincu le Spartathlon.

Je suis un hémérodrome.

Je suis un messager-coureur.

Je suis un courageux guerrier.

Effrité mais toujours debout.

Encore plus vivant.

Encore plus d’histoires à vivre et à raconter.

Photo: Sparta Photography Club

Duel contre soi

La course est une façon de se mesurer à soi-même. Établir de nouvelles limites. Porter un regard critique et réaliser tout le chemin parcouru élève l’esprit et le rend plus fort. Le corps s’adapte et n’aura qu’à suivre ensuite.

Mon baluchon s’enrichit de toutes ces expériences.

La course, c’est mon laboratoire pour vivre la résilience. Contrairement aux épreuves de la vie souvent malheureuses que vivent certains, dans mes courses, il y a un début et une fin. Je choisis de vivre ces défis. Je choisis aussi de les compléter.

J’ai choisi de courir un marathon en duo cinq jours avant le Spartathlon. Certainement pas la meilleure idée aux yeux de tous mais combien gratifiant et énergisant quand je regarde le résultat. Une opportunité que je devais saisir pour faire vivre le marathon à Marie-Michelle atteinte de paralysie cérébrale. Ma passion, c’est aussi la sienne et j’ai pu contribuer à ce qu’elle l’exprime. Les douleurs ressenties et le rythme plus lent auraient pu compromettre ma course. Mais chaque défi est le passage vers un autre défi. Je devais composer avec ce que mon corps avait à offrir. Ce ne fut pas parfait, mais je l’ai complété.

« Nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve. »  – Confucius

Malgré toutes les épreuves rencontrées dans chacun des 40 ultramarathons de plus de 80 km courus à ce jour, jamais je n’ai abandonné. Les statistiques devraient être contre moi. J’ai toujours trouvé cette force et cette motivation pour continuer. Faire un pas et un autre et avancer.

« Strength does not come from winning. Your struggles develop your strengths. When you go through hardships and decide not to surrender, that is strength. »  – Arnold Schwarzenegger

Je considère que la course est une métaphore de la vie. C’est un reflet de ma personnalité et de mes valeurs. La résilience, je la vis aussi au travail ou dans ma façon de gérer un divorce. Face aux difficultés, face à l’adversité, on a toujours le choix : trouver des raisons pour arrêter ou en trouver pour continuer.

Moi, je choisis de continuer. Je choisis de regarder en avant, d’analyser, de trouver des solutions, de m’adapter. Et si toutes ces épreuves n’étaient pas un duel CONTRE soi mais plutôt un duel POUR soi. Des épreuves qui nous définissent, qui nous permettent de se découvrir et qui nous permettent d’évoluer comme personne.

Sébastien Roulier

www.sebastienroulier.com

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5 marathons en 3 souffles

Sri Chinmoy Ultras Ottawa – une course de 24h. Déjà rendu à cette course. Ça me semblait si lointain il y a peu de temps. C’est donc dire que le Spartathlon approche aussi. Et je vais bâtir ma confiance pour courir les 246 km en Grèce grâce à cette course qui débute bientôt, à 8h le samedi 28 juillet.

Courir pendant 24 heures. Je l’ai déjà fait à 3 occasions lors de mes défis au Mont Orford. Mais cette fois, ce sera sur le plat, sur une boucle de 1.9 km que je vais répéter et répéter et répéter…

Comment mon corps va réagir? Je me remémore mon premier 100 milles. Les muscles de mes jambes durs comme le roc, une respiration superficielle, des murmures en guise de parole, un corps qui s’épuise. C’était bizarre. La sensation d’un corps qui se déchire en lambeaux. Et même si je voulais me réfugier dans mon esprit, la fatigue rendait toute réflexion difficile. Mais descendre aussi creux et en remonter, c’est renaître, c’est se sentir vivant. Un corps qui guérit, une tête qui grandit, un baluchon qui s’emplit.

Par la suite, dans chacune de mes longues courses ou longs défis, il y a eu des passages plus difficiles mais, je n’ai jamais atteint un point aussi creux qu’en 2013. La course, c’est mon entraînement à la résilience. M’adapter. Réagir aux imprévus. Garder intacts mes fonctions mentales (même si certains diront que courir autant c’est une maladie mentale) même quand le corps flanche.

Dans la course qui débute bientôt, je vais dépasser les 200 km. Une zone inconnue. Et je pars à la découverte de l’inconnu, moi.

Ma course débute dans quelques heures et je n’arrive pas à dormir. Un mal de tête aussi. La coupe de vin était peut-être de trop? Mais le repas était bon. La compagnie aussi. Un bel accueil d’amis de Gatineau. Bon!!! Je devrai composer avec ce que mon corps aura à offrir.

Je me lève à 6h pour manger et me préparer pour la course. J’arrive sur les lieux une heure avant le départ pour bien installer ma station de ravitaillement. Aucune équipe avec moi. Je devrai être efficace dans mes arrêts au puits.

Je fais la connaissance du sympathique directeur de course et je me présente à celui qui notera chacun de mes tours. On peut perdre le compte assez rapidement en tournant en rond comme je vais le faire. Il y a donc un bénévole désigné pour enregistrer mes tours.

Les coureurs sont invités à s’aligner pour la photo protocolaire.

Nous sommes une trentaine. Une course aux allures internationales avec une délégation russe, des Turcs, un autre originaire de l’Inde. Il y a des plus jeunes et des plus vieux aussi.

Le départ est donné.

Premier souffle

Combien de temps durera ce souffle? Au départ, l’énergie est à son maximum…et les ambitions aussi. Je dois me retenir pour ne pas aller vite. Je prends les devants. Les tours s’accumulent rapidement. Pour les 10 premiers tours, je prends mes temps de passage. Puis, je décide que la journée va être longue si je persiste à faire cela. Je vise tout de même 120-130 tours. À partir de ce moment, je n’estimerai plus mes temps de passage. Courir sans chrono.

Le premier marathon se déroule bien mais un point de pression au niveau de mes pieds m’agace. Je fais donc un changement de souliers pour mieux continuer.

Même si tourner en rond sur le circuit de 1.9 km est répétitif, je suis surpris à quel point je trouve cela intéressant. Ce n’est pas si monotone. Les coureurs devant moi sont toujours différents. J’en dépasse plusieurs à maintes occasions aussi. Certains marchent et d’autres clopinent déjà. On s’encourage tous mutuellement. Et la luminosité change aussi. Le soleil poursuit sa course dans le ciel.

Voilà, déjà 100km en 8h50. Il reste encore beaucoup d’heures à courir.

 

 

 

 

 

 

 

 


L’après-midi était très chaud. J’ai ralenti. Mon avance se réduit graduellement. Une forte pluie va aider à rafraîchir l’air juste avant le crépuscule.

J’atteins le 100 milles en 15h57 toujours premier. C’est mon 86e tour.

Mon souffle perd de la vigueur. Mais, j’ai toujours cette volonté de poursuivre. Il y a de bons tours et d’autres où je marche un peu. Un coureur, celui originaire de l’Inde, Ullas, me dépasse après 90 tours environ. Je savais bien qu’il grugerait ma précieuse avance. Sa foulée est fluide, sa stature en mouvement, bien droite. Aucun signe de fatigue. Moi, mes pas sont lourds et je m’enfonce.

Je dois continuer et passer ce moment difficile. Tout se passe dans la tête. Persévérer. Éviter l’immobilité. Espérer un second souffle.

Certains des coureurs que j’ai dépassés plusieurs fois plus tôt me dépassent à leur tour. Je m’accroche un peu, on jase un peu puis je les laisse filer. Ils ont moins de kilomètres parcourus, c’est vrai, mais ils ont commencé en même temps que moi. Ça fait déjà plusieurs heures…et il en reste encore plusieurs.

Deuxième souffle

Ullas a maintenant 2 tours d’avance sur moi. Il arrive à ma hauteur pour me dépasser à nouveau. Nous jasons un peu. Il semble avoir un peu de difficulté. Ses pieds accrochent le sol à chacune de ses foulées. Je me dis alors : « Tiens!!! Je vais accélérer pour voir sa réponse ». Il ne me suit pas.

Ah!!! Chacun ses moments de faiblesse. Ma motivation et mon énergie sont orientées vers mon nouvel objectif : le rattraper. Un animal qui se réveille. Le coup de fouet dont j’avais besoin. Ça m’arrive d’être un peu compétitif. J’ai tout de même une vingtaine de minutes à gruger.

Et j’y arrive.

Lorsque je le dépasse, il me dit être incommodé par des nausées. Je lui mentionne d’essayer le Ginger Ale. Ça peut aider. Et je lui donne un conseil « Don’t give up. Anything can happen ».

Je me sens invincible. En passant au niveau de l’aire de départ, après environ 100 tours, je lève le poing en criant à mon compteur de tours « I’m back in the lead !!!». Il semble aussi heureux que moi. Les paris sont ouverts parmi les bénévoles, chacun ayant leur prédiction. Il reste encore 5 heures à la course. Certains coureurs ont arrêté leur course, d’autres marchent ou clopinent encore. J’approche de mon 200e kilomètre. Et je sais que tout peut arriver.

Après quelques kilomètres sur ce high : Bang!!! Je frappe un autre mur. L’énergie chute. Le manque de sommeil n’aidant pas.

Et comme plus tôt, je dois continuer et passer ce moment difficile. Tout se passe dans la tête, encore. Persévérer. Éviter l’immobilité. Espérer un troisième souffle.

Je garde le sourire quand même.

« J’te fais moins travailler maintenant », que je lance à mon compteur de tours.

Et bien sûr, je me fais dépasser à nouveau par Ullas. J’aurais peut-être dû lui suggérer de prendre une pause à la place de l’encourager ;-). Mais, c’est de bonne guerre. Il a une belle foulée et semble filer vers la victoire. Il doit bien rester près de 2 heures à la course. Le ciel est nuageux, l’air matinal est frais. Je suis vraiment fatigué et j’ai besoin de mon boost de fin de course : le coca-cola.

Dans la dernière heure, le directeur de course nous demande de voter pour la personne nous ayant le plus inspirée. Sans hésitation, je donne le nom de Ullas. En fait, j’ai plutôt dit « Celui qui va gagner la course».

Je n’ai pas jeté la serviette sur la course pour autant. Je continue quand même à avancer…lentement.

Troisième souffle

Pour bien terminer ma course, je change mes souliers à nouveau. Mon plus long arrêt de toute la course (quelques minutes). J’alterne course et marche. Et, je trouve bizarre que malgré ma lenteur, Ullas ne me rattrape pas. Je décide donc d’accélérer le pas juste pour voir si je peux le rejoindre.

Au loin, je l’aperçois. Il marche. C’est ma chance. J’accélère et de façon convaincante, je le dépasse. À nouveau premier. Je suis revenu à une cadence comme en début de course : 5:15-5:30 min/km. Là, je me remets à calculer mes temps de passage. J’ai le temps de faire 2 autres tours. Tout s’est donc joué dans la dernière demi-heure. Ullas arrête son compteur à 216km.

Mon dernier tour. Je suis le seul coureur à pouvoir poursuivre avec environ 15 minutes à écouler. Mon tour de la victoire. Mais c’est bien plus que cela. Le moment le plus émotif depuis bien longtemps. Des larmes sur mes joues. Quelques sanglots aussi. My God!!! Je dois vraiment être fatigué pour pleurer comme ça. Plein d’émotion. Du bonheur. Le bien-être. La pression qui tombe. Une fierté de compléter la course. La satisfaction d’avoir trouvé un 2e et un 3e souffle.  Une renaissance. Quelles batailles!!! Face aux autres coureurs, le parcours, la durée, la fatigue, contre moi avec cette montagne russe de hauts et de bas qui amène des questionnements et plein de réflexions. Je lève les bras dans le dernier 100 mètres en criant à plusieurs reprises: « Woooh oooh!!!! ». Je me sens vraiment bien.

Vidéo du finish

Retour à une respiration normale

220 kilomètres (soit 5 marathons + 9km).

117 tours (sans être étourdi).

24 heures.

Aucune ampoule.

Quelques amis sont venus m’encourager et me féliciter pour cette fin de course. C’est très apprécié. Et que dire des liens créés avec les bénévoles le temps d’une journée. C’est super.

À la remise des prix, j’accepte volontiers les trophées qu’on me remet : celui pour ma 1ere position et celui pour la meilleure performance pour un coureur participant à sa première course de 24 heures.

Après une bonne douche, j’essaye de me reposer. Je n’ai aucune position confortable. Aussi bien retourner à Sherbrooke tout de suite. Cinq heures de route (avec quelques arrêts pour me dégourdir les jambes). Bon, j’aurai eu une nuit de sommeil en moins dans le weekend finalement. Mon travail d’intensiviste-pédiatre aide certainement à gérer ces 24 heures et plus sans dormir.

Ma récupération a été phénoménale. J’ai eu bien plus souvent de la difficulté à descendre les escaliers après mes courses en montagne. Peu de raideur aussi. Un parcours plat, c’est doux pour les muscles finalement. J’ai pu reprendre la course 2-3 jours après.

Cette performance me permettra sûrement d’être de la sélection canadienne pour les Championnats Mondiaux de 24h en Autriche en mai 2019. Je le saurai en février prochain.

Mais avant, il y a le Spartathlon. Avec mon 220km, je me sens prêt physiquement et mentalement à suivre les traces du messager-coureur Pheidippides qui a trouvé sa place dans les écrits d’Hérodote en courant d’Athènes à Sparte.

À mon tour d’écrire mon histoire en allant livrer mon message à Léonidas 1er de Sparte à la fin septembre.

 

– Sébastien

www.sebastienroulier.com

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Une nuit blanche à courir

Le MRSQ 100k. Une course de 100 kilomètres en juin. Ce sera parfait pour progresser vers le Spartathlon prévu à la fin septembre 2018.

Une course qui commence à minuit le dimanche.

Super. Même si j’ai la garde de mes enfants, ceux-ci pourront dormir chez leur grand-père maternel à St-Bruno pendant que je vais courir et je pourrai passer la journée avec eux ensuite.

Ça, c’était l’idée lorsque je me suis inscrit à la course en novembre 2017.

Maintenant que ce weekend tant attendu approche, je réalise qu’il sera important de bien dormir les jours précédents.

Mais, pas de chance. Ma garde d’intensiviste-pédiatre de la nuit du jeudi au vendredi est plutôt occupée. Mon sommeil est entrecoupé par de nombreux appels et je dois me déplacer dans la nuit pour évaluer et prendre en charge un patient. Bon, la prochaine nuit devra être meilleure…c’est la seule avant la course.

C’en était une bonne.

Mais certainement trop courte pour ce qui m’attend dans quelques heures. À mon réveil, ma fille me suggère de faire une activité à laquelle elle a été initiée lors de sa sortie de fin d’année scolaire : du Paddle Board. Pourquoi pas? Ce n’est pas du pédalo*.

*Le pédalo 2 jours avant ma course de 160km en 2014 a affecté celle-ci négativement.

Une petite heure à me laisser bercer par les vagues. La tranquillité avant le brouhaha du voyage Sherbrooke-St-Bruno.

Rendu à destination, la fatigue me gagne.

Au moins, la course sera un bon stimulant. Mais, comme j’aimerais dormir jusqu’au moment du départ de la course. Une petite sieste avant le souper, c’est quand même bien. Un bon souper. On bouge un peu. On débute un film pendant que la pluie tombe à l’extérieur. Les prévisions annoncent une accalmie pour minuit.

La noirceur arrive.

Il est maintenant temps de quitter pour Montréal. J’ai déjà déterminé où je laisserai ma voiture pour la nuit. J’ai aussi prévu y dormir un peu, juste avant la course. Mon mini-van, c’est mon paradis du car-camping. Je m’allonge et trouve le repos pour une petite heure.

11h. Une petite marche vers le sommet du Mont Royal. Avec cette noirceur et des repères qui datent de plusieurs années, je réussis quand même à trouver l’aire de départ au Chalet principal. Nous serons 22 à prendre le départ de cette course. Un départ sur le Mont Royal avec une destination dans l’ouest de l’île, à Beaconsfield, 50km plus loin. On doit revenir sur nos pas pour compléter le 100 km.

Minuit.

C’est sous les encouragements d’un groupe de personnes sur le belvédère que le départ est donné. Il y a 2 autres bons coureurs qui visent des temps bien meilleurs que ce que je vise : Johan qui veut atteindre le 100km en 7h et Karim qui va courir le 100km pieds nus. Moi, je veux terminer autour de 8h…et avec mes 2 souliers. Idéalement, sous les 8h18, ce qui correspond à ma meilleure marque dans un 100 km jusqu’à présent.

Le tour de la croix.

La course débute par un tour de la croix. Il y a un peu de confusion dans cette section. Une simple lampe frontale pour éclairer le chemin et des meneurs qui n’ont jamais couru cette partie du Mont Royal…!!!??? On retrouve finalement le chemin principal qui nous mènera à la base de la montagne.

Bonjour la police.

Un peu plus de 10 minutes que le départ est donné. Je salue les policiers dans la voiture. « Hey!! Où allez-vous comme ça? ». Nous sommes 2 à être interpellés. Rapidement, nous sommes rejoints par d’autres coureurs. C’est vrai qu’on peut avoir l’air bizarre, nous les coureurs. C’est peut-être la lampe frontale? Ou simplement le fait de courir la nuit??? « Vous savez qu’il est interdit d’être sur la montagne à cette heure? » Moi, je ne le savais pas. « Nous sommes dans une course et on quitte la montagne pour la ville ».

Le MRSQ est une course organisée selon l’appellation Fat Ass. Simple, peu coûteuse, friendly. La ville et la police ne sont pas au courant de cette course. Il y a peu de balisage. Chaque coureur doit connaître le parcours. Le directeur de course sera approché par la police peu de temps après notre passage à la statue à la base de la montagne.

Une nuit arrosée.

Ça coule à flot. La pluie pour nous et l’alcool pour d’autres. C’est la nuit de la St-Jean. Des fêtards sortent des bars. Problèmes d’élocution, de coordination et d’équilibre. Je ne changerais vraiment pas ma place avec eux. Je préfère de loin la folie que je suis en train de vivre. En empruntant la rue Rachel, la pluie est plus intense. On la sentait moins dans la montagne. La pluie va m’accompagner pendant encore 3 bonnes heures. Ma visibilité est réduite avec mes lunettes à cause de la pluie et des lumières de la ville. Le meneur, Johan, a déjà mis sa cadence sur 4 min/km. Je ne le suivrai pas, c’est certain.

Solitude.

Après la descente de la rue Papineau, j’emprunte le Pont Jacques-Cartier vers l’île Ste-Hélène. C’est plus tranquille. Je préfère de loin cette quiétude nocturne. Seul. Je savais très bien que j’étais pour courir seul cette course. Je trouve mon rythme et je me dirige vers le Pont de la Concorde et ensuite le Canal Lachine.

Des pas dans la nuit.

Mon ouïe ne me trompe pas : il porte des souliers. Ce n’est pas Karim. Mais qui donc arrive avec cette cadence. On dirait bien que quelqu’un vient de mettre la machine en marche. Il arrive à ma hauteur. Quelle surprise de réaliser que c’est Johan. Je lui lance : « T’as manqué le Pont de la Concorde??? ». Déjà un peu plus de 16km de parcouru. Moi, j’avais bien étudié le parcours pour éviter des détours. J’avais couru cette section la semaine précédente et j’avais bien analysé chacun des endroits où je pouvais m’égarer. S’orienter la nuit sans indications, sur un parcours inconnu, sans oublier la pluie, il faut être bien préparé.

D’autres pas dans la nuit.

Quelques kilomètres plus loin, j’entends encore des pas. Encore quelqu’un avec des souliers. Je ne me retourne pas. Je garde ma cadence tout en me faisant mouiller par une pluie forte. « Encore toi!!! ». Encore Johan. Un 2e détour. N’en fais pas une habitude. La route est encore longue jusqu’à Beaconsfield.

As-tu vu Johan?

À moins de 5km du turn around, le directeur de course arrive à ma hauteur en voiture et me lance cette phrase. Et je réplique : « Mais, il est devant, non??? ». Je me rappelle avoir vu la cycliste qui l’accompagne sous un pont il y a plusieurs kilomètres. Avait-il abandonné à ce moment? Finalement, j’apprends qu’il a fait un autre détour. Une version MRSQ de la fable du lièvre et de la tortue. J’arrive 1-2 minutes avant lui au Tim Horton, lieu du 50e kilomètre, après 3h50 de course.

Ravito.

À l’aller, il n’y avait pas de ravito. J’avais prévu être autonome pour les premiers 50km et profiter des ravitaillements installés sur le retour pour les coureurs du 50km. Moins de 3 minutes au ravito et je suis déjà partie. Johan quitte en même temps. Je suis un peu surpris mais je pense qu’il ne voulait pas se perdre une fois de plus. Ma cadence est cependant plus lente que ce qu’il peut faire. Son objectif de 7h vient de disparaître mais il trouve la force de poursuivre en oubliant les performances. Juste courir pour le plaisir. Moi, je ne réussis pas à me mettre en mode fun run comme lui. Je sens même qu’il me tire. Nous partageons tout de même une quinzaine de kilomètres qui nous permettent de croiser plusieurs coureurs qui se dirigent vers le Tim Horton. Un cycliste maintenant. Un ami de Johan. Je le sais, je le sens… Je le laisse filer. Mon énergie diminue. Vers 5-6h du matin, j’ai toujours un petit coup de fatigue. C’est plus difficile pour les 8 prochains kilomètres.

Holà Coca-Cola!!!

Il reste 25 kilomètres. Dans mes courses, j’utilise les produits ProCircuit comme source d’énergie. Dans le dernier tiers d’une course, je me permets un peu de caféine. Mais là, j’ai omis mes gels X4 avec caféine. Au ravitaillement du 75e km, il y a du Coca-Cola. Ça fera l’affaire. Quel boost d’énergie!!! Ma cadence n’est pas tellement plus vite mais je retrouve de la clarté dans mes idées et plus de force dans mes jambes.

Chemin du retour.

Ça passe vite. Les berges, l’école, le canal, le Pont de la Concorde, l’île Ste-Hélène, le Pont Jacques-Cartier. La ville est tranquille ce matin. En montant la rue Rachel, j’aperçois ma dernière montée. Le Mont Royal, bien sûr.

 


Courir le Mont Royal.

En jasant avec Johan, il me disait que son coach lui avait interdit de marcher la montée de 7km du Mont Royal. Maintenant à la base de la montagne, je me dis que c’est un bon objectif pour moi. Et voilà, je suis partie pour la montée. Je rattrape des coureurs venus faire leur jogging matinal. La seule chose qui me distingue des autres coureurs est mon dossard. Mais personne ne sait quelle aventure j’ai vécu cette nuit. Le tour de la croix me semble interminable.

Enfin, voilà le fil d’arrivée.

8h27. 2e position, derrière Johan qui n’a pas fait de détour sur le retour.

Seulement 11 finishers. Un autre ultramarathon de complété.

Habituellement, j’aime bien rester et flâner pour encourager les autres participants mais mes enfants m’attendent chez leur grand-père. Des nuits blanches, j’en ai fait beaucoup. Au travail, à la course, avec de jeunes bébés. C’est le jour et je ne vais pas gâcher la journée à dormir.


Planification de dernière minute.

Après un dîner à St-Bruno, nous quittons, mes 3 enfants et moi, pour Sherbrooke. Mais je sais que j’aurai besoin d’un arrêt à mi-chemin. Destination Zoo de Granby. Slush à volonté pour rester éveillé. Chacun des continents est exploré…à la marche.

La fatigue m’atteint, finalement, lorsque j’arrive à Sherbrooke.

Les jambes sont un peu raides aussi.

Tranquillement, je me dirige vers le Spartathlon.

 

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Saison en crescendo – vers le Spartathlon

Je connais la finale de ma saison. Ce sera grandiose. Athènes fera renaître les coureurs-messagers de la Grèce antique à la fin septembre comme à chacune des 35 dernières années. Je serai peut-être le premier Québécois à demander audience auprès du roi Léonidas 1er de Sparte au terme d’un trajet de 246 km lors du Spartathlon.Pour m’y rendre, je dois y aller de façon progressive. Être stratégique, méthodique, sans fausse note. Un peu à l’image de ma carrière de coureur jusqu’à maintenant. Plus de 18 ans à courir. Sans brusquer les étapes. Chaque course, chaque défi étant le passage vers une autre course ou un autre défi. Toujours plus loin, plus haut, plus longtemps et parfois, plus fou. Je pratique et je répète pour que la mélodie orchestrée par mes jambes et mon corps soit plus fluide. Mon corps s’adapte. Ma tête aussi. Je dois être prêt pour cette finale.

 

Après quelques entraînements clés sur route de 50, 60, 75 kilomètres cet hiver, me voilà déjà avec 4 courses-jalons complétées cette saison :


Runamuck 50k

50 kilomètres dans les rues enneigées et glacées du Vermont au début avril. Quelques notes glissées mais j’y retrouve une vitesse d’exécution bon pour une 3e position en 3h50.


Marathon de Boston

42.2 kilomètres sous une pluie diluvienne, des vents forts et un froid glacial. Une 12e expérience à Boston. Un dénivelé et des repères bien ancrés. On revient à la base. On ralentit le rythme et on se concentre sur les sensations intérieures. Je ne veux pas faire de faux pas. Et j’y arrive après 2h57.


Peak Blood Root Ultra

80 kilomètres au début mai. Une première course en sentiers après tout le bitume parcouru. Les réflexes ne sont pas aussi aiguisés. Le parcours surprend par des sections bushwhacking. Je m’ajuste. Je m’accorde avec la gamme de difficultés qui se présentent. Je complète ce 80km bon 1er en 9h01 de course.


Mount Royal Summit Quest (MRSQ)

100 kilomètres sur route le 24 juin dernier. J’y détermine ma cadence et je la respecte même si d’autres accélèrent le tempo. Une belle course complétée en 8h27 pour terminer en 2e position. Celle-là, je vous la décris dans un autre blogue.


Et parfois, il faut improviser. Trouver d’autres sources de motivation qui surpassent toutes les difficultés qui peuvent survenir. C’est en poussant des personnes à mobilité réduite dans une chaise Kartus que j’y parviens. Des performances exceptionnelles dignes des Records Guinness.  Ce sont mes courses en duo que j’aborderai dans un autre blogue également.

Demi-marathon de Lévis en 1h30 avec Marie-Michelle

Demi-marathon de Sherbrooke en 1h35 avec Samuel

 

 

 

 

 

 


Je dois enrichir mon baluchon déjà bien rempli. Je n’ai jamais couru plus de 170 km. C’était en montagne, à l’UTMB. 246 km, ce sera long. Pour être prêt mentalement à cette distance, le 28 juillet prochain, je vais participer à une course de 24h. Courir pendant 24 heures sur un trajet de 1.8 km au Sri Chinmoy Ultras Ottawa pour atteindre la marque de 210-220 km. J’aurai vraiment besoin de bonnes chansons pour m’accompagner dans cette course. Avez-vous des suggestions?

Il y aura aussi d’autres courses inspirantes en duo à venir. Le Marathon de Magog le 22 juillet et le Marathon de Montréal le 23 septembre. À la conquête du Record Guinness pour le marathon le plus rapide en poussant un adulte dans une chaise actuellement établi à 3h35.

Une saison en crescendo vers le Spartathlon… Vraiment?! Pour moi, une course n’est pas une finalité. Telle une éternelle symphonie, je vais poursuivre en octobre avec le Bromont Ultra (solo), le Marathon de Québec (duo). Et en novembre, je retourne à ma source de la course en sentiers: Stone Cat Trail Races 50 miles (solo). Et bien d’autres défis vont se pointer sur mon chemin par la suite.

Je poursuis ma composition, j’écris mon histoire.

Sébastien

www.sebastienroulier.com

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Épilogue de ma conquête des 48 sommets de plus de 4000 pieds des Montagnes Blanches

Quelles aventures!!! De belles aventures.

J’en avais besoin. Mon corps et ma tête en avaient besoin.

L’appel de la montagne. Retrouver la nature.

Retrouver un équilibre qui m’échappait.

Le plaisir de courir en toute liberté.

Vivre.

Je suis un homme de défi nourri par ma passion de la course.

Maintenant en contrôle, les deux mains sur le gouvernail,

J’explore là où la course me mène

Même si la destination m’est inconnue


I’m sailing away, set an open course for the virgin sea
I’ve got to be free, free to face the life that’s ahead of me
– Styx (Come Sail Away)

Le 6 août dernier, je commençais ma chasse aux sommets de plus de 4000 pieds des Montagnes Blanches au New Hampshire. En 4 aventures et 13 étapes réparties sur 8 journées du mois d’août, j’ai atteint les 48 sommets convoités. Le bilan de toutes les étapes apparaît dans le tableau qui suit. Un lien vous dirige vers le récit de chacune des aventures.

Temps en mouvement

Distance

Dénivelé

Sommets

Aventure 1

12h45

52 k

3000 m

8

Aventure 2

32h45

108 k

6700 m

15

Aventure 3

23h02

108 k

6590 m

15

Aventure 4

18h33

100 k

5795 m

10

Au total

87h

368 k

22000m

48

Et voici la carte qui résume chacune de ces étapes et tous ces sommets atteints.

C’est drôle. Quand on me demande à combien de courses j’ai participé dans l’année, je n’inclus jamais mes défis personnels. Et pourtant. Après deux courses de 100 milles en juin et juillet, je me suis lancé dans une épopée où la distance de chacune de mes aventures est un ultra en soi.

C’est immense. Toute cette étendue, tous ces territoires explorés. La plupart des sentiers et des sommets parcourus m’étaient inconnus. Une quête de l’inconnu pour repousser mes limites. En fait, il n’y a pas de limite. Il s’agit plutôt de côtoyer, flirter avec l’inconfort. Sortir de sa zone de confort pour s’adapter, se découvrir. Découvrir sa nature. Un entraînement à la résilience et la persévérance. Comme cette flore et cette faune présente en haute altitude. Pour vivre.

Une quête de l’inconnu remplie d’intrigues avec tous ces sentiers où je me croyais perdus. Des sentiers peu entretenus, souvent isolés. Beaucoup ont abandonnés, échoués ou rebroussés chemin à cause de ces sentiers. Moi, j’étais confient d’atteindre tous ces sommets sans aucun grand détour…ou presque. Et j’y suis parvenu.

Une quête de l’inconnu avec des déceptions comme de réaliser que le mauvais sommet a été atteint et qu’il faut à nouveau remonter. La déception est souvent de courte durée par contre. Je regarde devant et je poursuis ma quête.

Une quête de l’inconnu en solitaire. Qui voudrait me suivre de toute façon? Ne compter que sur soi-même. Ses forces et ses faiblesses. Un loup solitaire guidé par ses choix. Des décisions réfléchies, sans impulsivité, car la sécurité est importante dans ce milieu. Un défi en autonomie pour mieux me connaître aussi. Rechercher la tranquillité. S’évader. Et y trouver une Nature bienveillante.

Une quête de l’inconnu qui me fait réaliser la chance que j’ai de découvrir tous ces territoires en si peu de temps. Découvrir certains sommets en pleine noirceur.  Contempler un ciel étoilé et ses étoiles filantes. Admirer l’horizon qui prend une teinte rouge juste avant l’apparition du soleil. Être exposé aux intempéries. Le vent, la pluie, l’orage, la brume. Le poids de mon sac ne m’importune pas. Je dois être prêt à affronter toutes ces surprises. Aussi, quelle chance de courir dans la fraîcheur agréable certains matins, de sentir la rosée sur mes jambes en passant dans les herbes. Et toutes ces odeurs de la forêt. Et tous ces paysages.

C’est étrange. Lorsque je survole en pensée tout le territoire de mes aventures et que je m’imagine en train de courir, je me vois comme un petit point sur cette vaste étendue. Vulnérable. Une impression d’être à la merci des montagnes et de ce qui les habite. Une sensation de vertige et de panique face à cette immensité et ce que j’ai accompli. Par contre, lorsque je vis mes aventures, tout revient à un point central beaucoup plus grand, Moi. Un endroit où règne la quiétude et où je suis en contrôle de mon environnement. Comme si j’étais l’œil de l’ouragan qui avance.

J’ai besoin de tous ces kilomètres pour vivre l’inconfort et me sentir encore plus vivant. Aussi, c’est en explorant les sentiers au pas de course que je vis la montagne, que je vis le moment présent. Les sens bien aiguisés pour capter tout ce que l’environnement me transmet. Une montagne et une nature bien vivantes grâce au vent, à l’eau qui coule, à tous ces arbres et ces animaux qui l’habitent. Une montagne et une nature bien vivantes qui me permettent de vivre.

Mais, je réfléchis. Tout aurait pu être différent.

Une perspective différente de parcourir les sommets selon les différentes saisons. Imaginez gravir une paroi en plein hiver. Ou encore traverser des rivières au printemps, à la fonte des neiges. Une perspective différente, aussi, entre la course diurne et nocturne. Une aventure solo ou en équipe. Et s’il avait plu tous les jours de mes aventures. Et si j’avais mis le pied sur cette roche plutôt que sur celle-ci.

Cette réflexion me pousse à vouloir explorer encore et encore le territoire des Montagnes Blanches. Les mêmes sentiers ou les autres. Et une lecture sur la quête des sommets de 4000 pieds et plus (4000 footers) du New Hampshire me révèle des défis de taille.

The Grid. Parcourir les 48 sommets dans chacun des mois du calendrier, pas nécessairement la même année. Je peux quand même cocher le mois d’août.

The Direttissima. The most direct route, the shortest link. Parcourir les 48 sommets sans arrêt et en autonomie complète. Le record actuel est d’environ 6 jours. Ce défi m’intéresse. Explorer d’autres territoires inconnus : de nouveaux sentiers, la fatigue, la douleur. Toujours flirter avec l’inconfort. Et ce sera probablement une aventure avec un équipier en 2018.

Mais pour l’instant, comme chacun de mes défis est le passage vers une nouvelle aventure, mes 48 sommets grimpés vont m’aider à relever mon prochain défi : 24 heures au Défibrose Mont Orford les 29-30 septembre prochain.

N’hésitez pas à m’encourager grâce à un don ou par votre présence durant le Défibrose. Venez profiter de la Flambée des couleurs du Mont Orford avec moi.

Sébastien

www.sebastienroulier.com

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