Avançons tous en cœur : voyage au cœur de l’Estrie

Les résultats sont éloquents. Une levée de fonds qui a permis de récolter plus de 42 000 $ en dons monétaires et près de 17 000 kg de denrées non périssables pour un équivalent monétaire de plus de  136 000 $. Un grand total d’environ 180 000 $.

Mais mon histoire d’Avançons tous en cœur est beaucoup plus riche que ces chiffres.

Intuition

Tout a commencé par une idée. Un défi. Explorer des territoires inconnus, au sens propre et figuré. Une idée qui peut sembler impossible pour plusieurs. Mais comme dans toute quête, les limites n’existent que parce qu’on les croit infranchissables. Et, moi, je croyais fermement y arriver en acceptant toutes les difficultés et les douleurs qui se présenteraient. Et surtout, j’avais cette intuition que les retombées seraient beaucoup plus grandes que mon défi en soi. J’avais le sentiment que mon défi amènerait du beau, du bien et du bon pour la communauté. Un journal local a bien titré ce que je percevais avec ce défi : « Répandre le bonheur ». Je me suis lancé sans hésitation, sans peur. J’avais trouvé un sens, une direction à mon défi.

Comment en arriver à faire un défi de 300 km à la course, en 48 heures, du 16 au 18 mai, sur un trajet en forme de cœur, sur le territoire des sept MRC de l’Estrie pour une banque alimentaire, Moisson Estrie?

Beaucoup d’éléments dans cette question. Je trouve toujours fascinant d’explorer comment mon chemin m’amène à ce point précis sur la flèche du temps? Quelles successions d’événements m’ont dirigé sur cette trajectoire? Pourquoi avoir choisi une voie plutôt qu’une autre? Finalement, réaliser que toutes ces décisions prennent origine à ma source : mon enfance et mes parents.

Le cœur

L’idée de courir en forme de cœur, ça vient de ma fille Noémie âgée de 11 ans. Il y a deux ans, je voulais faire une longue sortie de 180 km en autonomie complète. J’ai demandé à ma fille de m’indiquer, sur la carte de l’Estrie, l’endroit où elle voulait que je coure. Elle m’a alors répondu: « Peu importe, il faut que ça ait la forme d’un cœur ».

Le cœur, c’est une belle image. Le cœur, un symbole d’amitié et de lien fort mais aussi de santé et de vie. Aucune illusion lorsque je pense aux cœurs sur lesquels j’ai couru. Mes jambes et mon corps qui dessinent un cœur sur une fresque géante. Un moment de création bien réel.

Un moment de création que j’ai voulu partager avec ma communauté.

Le choix du titre du défi, Avançons tous en cœur, fait bien sûr allusion à bouger en forme de cœur mais témoigne également de l’importance de se libérer des barrières qui nous limitent et surtout, de trouver le courage d’avancer malgré tout.

Regarder devant malgré la COVID-19.

Pour les banques alimentaires, regarder devant et toujours répondre aux besoins de la communauté.

D’un point de vue personnel, chaque défi est le passage vers un autre défi. Explorer là où la course me mène. Ne pas me contenter de cette zone de confort, ce statu quo, cette immobilité.  Il n’y a aucune destination finale réellement. Tout est en perpétuel mouvement. Chaque point de jonction amenant de nouvelles perspectives. Trouver le courage d’avancer et partir vers l’inconnu. M’offrir de nouvelles expériences. Vivre le dépassement de soi. Toujours pour mieux me connaître et me découvrir.

Voyager, c’est partir à la découverte de l’autre. Et le premier inconnu à découvrir, c’est vous.

– Oliver Föllmi

Vous vous demandez peut-être comment une idée lancée par ma fille peut prendre origine aussi loin que ma propre enfance? Je vous donne les grandes étapes.

Ma fille a vu le jour au mois d’août 2008 en raison d’une union qui a débuté plusieurs années auparavant. En 1996, lors de nos études en médecine à Sherbrooke, Stéphanie et moi avons débuté notre relation et l’avons construit au fil des années qui ont suivi. Et même si nous ne sommes plus ensemble maintenant, sa présence dans ma vie demeure importante. Son bonheur se reflète dans les actions de mes enfants… et peut-être dans le choix du cœur, par ma fille, comme image à reproduire.

Mon choix pour la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke est une autre étape importante. Alors que j’ai longtemps pensé devenir vétérinaire, une seule rencontre avec un orienteur au Cegep a suffi pour me diriger vers la médecine. Et Sherbrooke s’est imposé rapidement comme lieu d’études à cause de ses espaces verts et des Montagnes Blanches à proximité. Je suis né à St-Bruno-de-Montarville. J’ai passé mon enfance au Mont St-Bruno et à jouer dehors. Mais pour être accepté en médecine, j’ai certainement eu de bonnes notes. Beaucoup de temps à étudier et à jouer le rôle du 2e professeur de la classe. Mes parents m’ont toujours encouragé dans mes études. Et cette rigueur dans mes études et dans mon sport maintenant vient principalement de mon père. Investi dans trois emplois durant de nombreuses années et malgré tout disponible pour ses trois enfants.

300 km à la course en 48 heures

Ce que ma mère m’a laissé comme héritage est à l’origine de ces nombreux kilomètres parcourus : ma génétique de coureur. Lorsqu’elle évoque son enfance à Ste-Hyacinthe, elle fait toujours référence à son goût de la course. On la surnommait « le cheval ». Malgré la maladie d’Alzheimer qui lui gruge certains souvenirs, celui-là, elle le raconte toujours avec beaucoup de joie.

Le sport a toujours eu une place dans ma vie. Aucun entraîneur. Surtout pour le plaisir. Gravir des montagnes, faire des randonnées ou simplement le goût du plein air. Et voilà, un jour, un ami en médecine (eh oui, on revient sur cette voie) a fait un marathon. C’est à ce moment que j’ai réalisé que cette distance était accessible à tous. Je vous épargne chacune des courses qui m’ont amené à explorer toujours plus loin, plus haut ou plus longtemps, mais après 20 ans à courir et près de 100 000 km au compteur, je suis maintenant bien adapté physiquement et mentalement aux ultra-longues distances. Et les limites, je veux toujours les repousser comme dans ce défi.

Les 18-19 avril, je venais tout juste de compléter un cœur de 175 km à la course en autonomie complète. J’avais alors mis ma nourriture, mes breuvages et mes vêtements de rechange dans un Chariot que j’ai poussé durant 24 heures. À la fin de ce cœur, avec les sensations que j’éprouvais, j’avais la certitude que je pouvais courir pendant 48 heures. Après avoir dessiné mon cœur pour Avançons tous en cœur, les trois cents kilomètres semblaient une distance appropriée.

Un défi du 16 au 18 mai pour Moisson Estrie

La COVID-19 a entraîné beaucoup de changements dans notre quotidien. En tant que chef du service des soins intensifs pédiatriques au CIUSSS-Estrie-CHUS, j’ai été très sollicité à partir de l’annonce de la pandémie, à la mi-mars, jusqu’à la mi-avril. On devait préparer les unités à recevoir les premiers cas de COVID-19. Heureusement, la pédiatrie a été épargnée par la maladie. Avec des activités cliniques réduites, j’ai pu diriger mes énergies vers d’autres projets comme ce défi. Très rapidement, j’ai identifié le long weekend du 16 au 18 mai pour réaliser mon exploit.

Depuis l’automne 2019, une amie coureuse me proposait de créer un défi pour une banque alimentaire de ma région. Après ma course en solo de 175 km, elle me l’a rappelée. Cette amie, je l’ai connue par mon travail et par le Club de course de la Boutique Le Coureur. Vous voyez, on retourne sur la voie de mes choix scolaires et de la voie parsemée de courses.

Le contexte de la pandémie due à la COVID-19 et son confinement imposé ont un eu impact majeur sur les emplois et la réduction de revenus. Les demandes d’aide alimentaire n’ont cessé  d’augmenter depuis le confinement. Ne pouvant prêter main forte dans les CHSLD, je me suis alors tourné vers d’autres populations en situation de vulnérabilité. C’est la raison de ma collaboration avec Moisson Estrie. Moisson Estrie dessert un vaste territoire. Pas seulement Sherbrooke. Moisson Estrie couvre les sept MRC de l’Estrie. Dès qu’on m’en a informé, j’ai su que mon parcours devait toucher ces sept MRC.

Mobilisation

Comment peut-on bâtir un projet d’une telle envergure en moins de quatre semaines?

Les pièces du casse-tête se sont imbriquées à une vitesse vertigineuse. Une série de coïncidences et de synchronicités a permis d’atteindre tous les objectifs visés par le projet. Mais encore fallait-il reconnaître ces opportunités et y accorder l’importance méritée.

D’autres activités ont même été ajoutées afin de compléter l’événement Avançons tous en cœur. Outre la levée de fonds avec mon Grand Cœur, il y a eu un volet participatif Dessine-moi un cœur où les gens étaient invités à bouger à la marche, à la course ou à vélo sur des trajets en forme de cœur dans leur région. On voulait faire bouger les étudiants aussi. J’ai alors créé les Jeux J’Bouge en Cœur. Les étudiants accumulaient des kilomètres d’activités pour leurs écoles durant mon défi de 48 heures. Une compétition amicale pour proclamer l’école la plus active du long weekend. Finalement, une collecte de denrées sur le territoire de Sherbrooke a suivi mon défi. Encore là, on voulait impliquer les étudiants qui vivaient des moments difficiles à cause du confinement. Ils étaient invités à déposer des sacs bruns aux portes des maisons de leur quartier et à aller les rechercher, remplis de denrées, quelques jours plus tard. Une guignolée sans contact.

Tout ceci a été possible grâce à la mobilisation de bien des personnes et bien des partenaires. Malgré une pénurie de ressources humaines et peu de temps disponible à cause de la réorganisation des activités de Moisson Estrie vue le contexte COVID-19, Geneviève Côté, Directrice générale de Moisson Estrie, a accepté mon idée du Grand Cœur. Aucun jugement sur mes capacités à le compléter. Rapide à trouver des solutions pour garantir le succès de chacun des volets de l’événement. Elle fut une alliée tout au long de l’aventure ce qui a gonflé ma motivation.

Des coureurs m’ont également aidé grâce à leur implication dans différents comités. Tout allait très vite. On a même comparé ma vitesse d’exécution de différentes tâches à une comète après avoir été un train et une fusée… Mais ce qui est remarquable, c’est que plusieurs ont poursuivi leur implication et ont suivi le rythme imposé. Avec le temps qui jouait contre nous, la planification a révélé des personnes qui ont su utiliser leurs qualités de leader dans ce processus effréné. Je pense ici à Benoît et son rôle majeur pour la guignolée, Anne avec son aide précieuse pour l’exécution de certaines tâches et le recrutement de coureurs pour aider dans d’autres tâches et tous ces « champions » qui ont fait la promotion de l’événement dans leur région.

Et quelle mobilisation tout au long d’Avançons tous en cœur !!!

De nombreux coureurs m’ont accompagné sur plusieurs kilomètres. J’ai eu un accueil chaleureux dans de nombreux villages. De belles rencontres pour agrémenter mon périple.

Il y a eu une bonne participation des étudiants aux Jeux J’Bouge en Cœur. Neuf écoles et 10 000 km parcourus. Les étudiants du Séminaire de Sherbrooke ont remporté cette première édition des Jeux avec le plus de kilomètres cumulés au prorata du nombre d’élèves inscrits à l’école. Mais, ils se sont aussi investis auprès de Moisson Estrie en recueillant 12 grosses boîtes de denrées et en créant plusieurs levées de fonds personnelles pour Moisson Estrie.

Et la guignolée a mobilisé un nombre considérable de bénévoles mais a mis surtout en valeur la générosité des Estriens et des Sherbrookois.

Des moments difficiles

Laissez-moi d’abord vous partager mes moments difficiles. Ils sont importants dans un défi. Ils permettent de nous construire probablement beaucoup plus que les moments merveilleux.

Le voyage nous fait et nous défait, il nous invente.

– David Le Breton

Chacune des deux nuits a été pénible à un certain point. La fatigue accumulée a probablement été mon pire ennemi beaucoup plus que les kilomètres parcourus. Elle m’a rendu vulnérable et a permis aux pensées négatives de prendre une place que je ne voulais pas leur accorder. Lors de la première nuit, entendre le chant des oiseaux à l’aube alors qu’il me restait encore une bonne heure avant de pouvoir me coucher était de très loin mon scénario idéal. Et lors de la deuxième nuit, la fatigue a permis aux douleurs musculaires, pourtant ressenties depuis plus de 24 heures, d’occuper une trop grande place dans ma tête. Une cadence qui ralentie. Un moral qui descend tranquillement vers un abîme profond. Par chance, j’ai pu casser ces cycles par de courtes périodes de sommeil qui ont été bénéfiques.

Maintenant, à vouloir chasser les pensées négatives de notre esprit, on leur accorde une importance non méritée. De vouloir quantifier un niveau de plaisir, c’est aussi accorder de l’importance aux moments difficiles. Dans une épreuve comme mon défi, il faut éviter que ces pensées négatives émergent. Et si elles émergent, il faut alors diriger son attention vers les petits plaisirs qui parsèment notre route. Parfois, ils sont évidents et d’autre fois, il faut les dénicher. L’important, c’est de les cultiver.

Mes petits plaisirs

C’qui fait le bonheur, c’est les p’tits plaisirs.

– Clara Plume

Je vous partage ces petits moments qui ont fait une différence dans mon défi.

  • L’allocution au départ de ma course prononcée par nul autre que M. Jean Arel, journaliste sportif. L’entendre m’a permis de réaliser ce que les gens perçoivent de mes accomplissements. Il m’a décrit comme un athlète exceptionnel et aussi un humain qui aime aider. Il a ajouté que c’était une occasion extraordinaire de profiter de ma ténacité, de mon talent et de ma forme physique et mentale pour diriger les projecteurs sur Moisson Estrie et sa mission. C’était exactement un des objectifs visés.
  • Débuter mon défi avec le maire de Sherbrooke, M. Steve Lussier. Le premier pas est toujours le plus important. Partir vers l’inconnu. Nos discussions m’ont allégé du stress que peut amener ces débuts de défi. Aussi, la course à pied dévoile la nature des gens. J’ai tout de même 20 années d’observation. J’ai décelé beaucoup de sincérité lorsqu’il me parlait de son bonheur à courir tout en saluant les Sherbrookois qui le reconnaissaient sur la rue.
  • Le bel accueil des étudiants de l’équipe de cross-country de l’école secondaire de Bromptonville. Nous avons quitté ensemble avec des cyclistes et des enfants vers Windsor. Certains m’ont accompagné pendant 10 km.
  • Quelle joie de rencontrer Huguette et René qui sont activement impliqués dans l’organisme des Courses partagées de Sherbrooke depuis déjà plusieurs années.
  • Les côtes sur la longue rue Goshen. Le dénivelé est surtout positif mais en me retournant, j’ai une belle vue sur le Mont Orford, mon territoire dans plusieurs heures…
  • Cette petite fille qui m’attendait sur la route 249 pour me donner 20$ pour soutenir Moisson Estrie alors que je me dirigeais vers St-George-de-Windsor.
  • Le fromage de St-Georges-de-Windsor.
  • Les représentants du club de course Mine et cie qui m’ont escorté jusqu’à Wotton.
  • Faire le singe à Dudswell.
  • Croiser des amis qui ont décidé de venir à ma rencontre parce que c’est plutôt ennuyant le confinement et ne pouvoir rien faire.
  • La nature nocturne qui s’éveille. Une belle symphonie.
  • Une petite chanson acapella à Bury. J’avais averti mon équipe de support quelques kilomètres avant. Ils devaient tous chanter avec moi. Et ils ont bien tenu leurs rôles de choristes.
  • La musique en pleine nuit qui jaillit de la voiture pendant que je coure accompagné par Patrick à vélo.
  • Le thé glacé que j’ai bu à Island Brooks. Une femme qui me suivait par mes traces GPS a retracé mon équipe et m’a laissé ce délicieux nectar.
  • Le froid entre Island Brooks et La Patrie.
  • L’allée de ballons laissés par mes voisins à leur refuge que nous avons squatté pour une nuit. Je n’ai pas dormi dans le refuge car je ne voulais pas être dérangé. J’ai plutôt dormi dans ma camionnette.
  • La foule qui m’attend à la sortie du refuge au milieu d’un rang perdu à Notre-Dame-des-Bois.
  • Ces deux enfants, dont un que j’ai soigné il y a deux ans, qui sont là pour faire 500 mètres avec moi mais qui feront près de 10 km.
  • L’accueil grandiose à Chartierville avec les sirènes d’un camion de pompiers. Et reconnaître dans la foule mes autres voisins (pas ceux du refuge) qui se sont déplacés pour m’encourager.
  • La beauté du paysage dans cette région.
  • La poutine de la Cantine de St-Mathias-de-Bonneterre. Une amie m’avait parlé de cette cantine qui fait la meilleure poutine selon elle. Je lui avais demandé de faire le lien avec la propriétaire de la cantine pour qu’une poutine m’attende à mon passage. Heureusement, mes accompagnateurs en ont profité aussi car la cantine avait eu l’approbation pour recommencer ses activités.
  • Une longue section entre St-Mathias et St-Isidore remplie de discussions intéressantes et enrichissantes avec Annie-Claude et Marco.
  • Et encore des paysages spectaculaires.
  • Me faire escorter par des enfants à vélo juste avant St-Isidore. Je me croyais au Spartathlon. L’expérience que je n’ai pas pu vivre en 2018 à cause d’un cyclone qui a frappé la Grèce. Normalement, des enfants à vélo guident les coureurs dans la ville vers la ligne d’arrivée.
  • Un autre accueil avec les sirènes d’un camion de pompiers à St-Isidore.
  • Être accompagné par deux amis nommés Martin pour aller à Martinville.
  • Enfin un lit confortable pour une courte nuit.
  • Une équipe de support du tonnerre qui est capables de suivre mon rythme d’éveil et de peu de sommeil. J’étais entre bonnes mains.
  • Plusieurs personnes qui me klaxonnent pour m’encourager dans le secteur d’Orford. Je suis en terrain connu et reconnu.
  • L’escorte policière pendant 12 km.
  • Et les trois camions de pompiers qui font sonner leurs puissantes sirènes.
  • Retrouver une bonne cadence car je sais que je vais compléter mon défi.
  • Descendre la côte King à Sherbrooke comme si j’avais toute la rue à moi.
  • Attaquer la dernière montée.
  • Terminer la course avec deux de mes enfants et une foule de coureurs.
  • Ressentir ses émotions de satisfaction en voyant le bâtiment de Moisson Estrie. Quelle fierté d’avoir complété le trajet de 305 km en 50 heures.

Et voici mon coup de cœur

Après 15 km de course, ma fille s’est renversée du jus sur son manteau et ses nouveaux souliers. À un arrêt, elle est devenue émotive. Je savais, que par sa nature plus réservée, elle n’avait pas réalisé que participer à mon défi c’était de ne pas vraiment être avec moi. Je lui ai laissé le choix: rester ou retourner à la maison. C’était mon défi et non le sien. Et peu importe sa décision, j’étais pour la respecter. Au fil des kilomètres, j’ai vu ma fille changer. Je le vois très bien sur les vidéos en direct et sur les photos. Plus les kilomètres avancent plus elle est radieuse, fière. Pas juste fière de son père mais fière de faire partie de l’équipe, d’avoir des responsabilités, d’avoir un rôle à jouer. Fière de prendre part à ce voyage. Sa décision était prise avant la fin de l’après-midi de la première journée: elle voulait poursuivre pour tout le défi… et même plus car elle voulait faire du bénévolat la semaine suivante. C’est mon coup de cœur.

Tout est possible

Je cite ici Geneviève Côté, directrice générale de Moisson Estrie au terme de mon défi :

« Tout est possible. Même dans les moments difficiles, on peut regarder devant et aller un petit peu plus loin. »

« Regarder devant et aller un petit peu plus loin » c’est aussi pour Moisson Estrie qui effectue un travail phénoménal pour la communauté estrienne. Les organismes communautaires ont un rôle primordial pour répondre aux besoins de nos communautés. Comme médecin de soins critiques aux enfants, je suis appelé plus souvent à soigner. Par contre, je crois aussi qu’il faut miser sur la prévention et la promotion des saines habitudes de vie. Mon association avec Moisson Estrie était toute naturelle dans le contexte COVID-19. Je voulais m’investir auprès des populations en situation de vulnérabilité. Comme les activités de Moisson Estrie dépendent surtout d’activités d’auto-financement, une levée de fonds était tout à fait justifiée, surtout que celles prévues au printemps avaient été annulées.

Vous aussi, impliquez-vous à votre façon auprès d’organismes communautaires. Il y en a tellement que vous trouverez certainement un organisme qui partage vos valeurs et votre vision.

Tous les sourires dont j’ai été témoin durant mon défi et lors du triage des denrées à Moisson Estrie et surtout l’implication intéressante et diversifiée des étudiants me suggèrent qu’une graine a été semée.

Imaginez la prochaine Moisson.

L’odyssée se poursuit

Avançons tous en cœur a été une folle aventure. Par contre, on me faisait remarquer que les aventures sont trop éphémères pour qualifier mon parcours. Je choisis donc le terme « odyssée ».

En furetant la toile sur le thème de la légende personnelle, je suis tombé sur ces mots de Paulo Coelho :

« Si vous écoutez votre cœur, vous savez précisément ce que vous avez à faire sur terre. Enfant, nous avons tous su. Mais parce que nous avons peur d’être désappointé, peur de ne pas réussir à réaliser notre rêve, nous n’écoutons plus notre cœur. Cela dit, il est normal de nous éloigner à un moment ou à un autre de notre Légende personnelle. Ce n’est pas grave car, à plusieurs reprises, la vie nous donne la possibilité de recoller à cette trajectoire idéale.»

Cette trajectoire idéale a permis de réunir tous les gens qui se sont impliqués dans Avançons tous en cœur. Beaucoup veulent poursuivre l’odyssée avec moi lors d’un prochain défi. Les besoins seront toujours criants cet automne. Je vais à nouveau courir un Grand Cœur pour y inclure cette fois les villes d’Asbestos, Lac-Mégantic et Coaticook. Le trajet sera de 422 km soit 10 marathons pour couvrir encore les sept MRC desservies par Moisson Estrie. Du 9 au 12 octobre, vous êtes conviés à me suivre ou vous joindre à moi dans mon périple de 72 heures.

Croyez-vous que je puisse me limiter à 422 km? En analysant mon parcours de 305 km, je peux affirmer que le facteur principal  à gérer pour d’autres défis sera la fatigue. Les douleurs ressenties à 90 km et celles ressenties à 250 km étaient quasi semblables. Ce qui a été différent, c’est mon niveau d’énergie qui a permis à ces douleurs de s’immiscer dans mes pensées et d’y prendre trop de place. En jasant avec l’équipe du Grand Défi Pierre Lavoie, j’ai mentionné, à la blague, que tranquillement, je me rapprochais de leur défi de 1000 km à vélo…mais à la course. Je laisse l’idée germer… Il me faudra juste prévoir un peu plus de temps pour compléter les 1000 km… et bien dormir quelques nuits.

Je dis souvent que chaque défi est le passage vers un autre défi. Croyez-vous vraiment que je vais attendre en octobre avant de me lancer dans une autre aventure?

Mon défi m’a permis de faire de nombreuses rencontres. Les conversations m’ont permis de mieux connaître certains des coureurs qui m’ont accompagné. Je reviens souvent à cette citation.

Chaque point de jonction, chaque rencontre est une fenêtre ouverte sur d’autres horizons. 

– Isaac Sachs (Tom Hanks) dans La cartographie des nuages

Depuis quelques années, j’ai en tête d’effectuer des rando-courses en mode fastpacking. Partir quelques jours et courir avec le strict minimum pour manger et dormir. Depuis l’été 2017, j’ai planté l’idée (une autre) d’effectuer la Direttissima c’est-à-dire, relier les 48 sommets de plus de 4000 pieds des Montagnes Blanches en une très longue sortie de 6-7 jours. Un parcours d’environ 375 km et 22 000 mètres de dénivelé positif.

Mon prochain défi est une étape de plus pour m’en approcher.

Cette fois, ce sera un défi en équipe avec Annie-Claude que j’ai rencontrée le matin de ma deuxième journée à ma sortie du refuge perdu à Notre-Dame-des-Bois. Elle était parmi le groupe de coureurs qui m’attendaient. Au fil des 100 km qu’elle a couru avec moi, et après de nombreuses conversations, j’ai eu l’impression qu’elle pourrait être une bonne équipière pour du fastpacking. Je ne croyais pas que le projet prendrait forme aussi rapidement. Seulement deux semaines avant notre départ, nous avons évoqué les différentes possibilités et bâti notre prochaine aventure. Nous allons parcourir la Traversée de Charlevoix de 105 km avec quelques détours (Mont du Lac à l’Empêche, Mont Morios et l’Acropole des Draveurs) pour totaliser près de 150 km avec deux nuits en camping sauvage. Aucun ravitaillement. Aucun refuge. Tout l’essentiel dans nos sacs à dos. Notre départ aura lieu à la Zec des Martres le 26 juin prochain pour se terminer au Mont Grand Fonds le 28 juin.

À défaut de pouvoir aller dans les Montagnes Blanches du New Hampshire aux États-Unis, nous partons à la découverte de notre Québec sauvage. Un voyage en toute simplicité. Une expérience à ajouter dans nos baluchons.

Et mon odyssée se poursuit.

Le Comité organisateur d’Avançons tous en coeur
Le prochain Grand Coeur de 422 km

BILAN FINAL : AVANÇONS TOUS EN CŒUR EN CHIFFRES

Avançons tous en cœur c’est :

Une initiative de Sébastien Roulier, médecin et ultramarathonien de Sherbrooke,

En collaboration avec Moisson Estrie et un comité organisateur dévoué et sensible aux besoins de la communauté.

Un événement qui a été planifié en moins de 4 semaines

Avec 3 volets : le Grand cœur de Sébastien, dessine-moi un cœur et donnez du cœur aux ventres

Et qui a été réalisé à l’aide d’une équipe de 150 bénévoles hors pairs.

Avançons tous en cœur c’est :

Un coureur qui a parcouru

Un Grand Cœur de 305 km

Traversant les 7 MRC de l’Estrie desservies par Moisson Estrie

Dans 25 villes et villages

En 50h50 de course

Avec seulement 3 heures de sommeil durant tout le défi.

Accompagné par une équipe d’une vingtaine de personnes

Avec près de 60 coureurs qui l’on rejoint sur le parcours

Ainsi qu’une douzaine de personnes à vélo.

Un coureur qui a fait plus de 350 000 pas

Et qui a dépensé plus de 20 000 calories

Avec un poids au départ à 140 lb et à la fin à 135 lb

Et une poutine mangée à la Cantine de St-Mathias-de-Bonneterre.

Avançons tous en cœur c’est aussi :

Plusieurs Québécois qui ont bougé en cœur.

Neuf écoles qui ont participé aux Jeux J’Bouge en Cœur

Et près de 10 000 km parcourus par les étudiants de ces écoles.

Avançons tous en cœur c’est surtout une moisson du printemps qui a permis de récolter:

42 732 $ en dons monétaires,

16 818 kg de denrées alimentaires

Soit une équivalence de 136 730 $

Pour un grand total de 179 462 $

Avançons tous en cœur c’est finalement :

Un événement qui reviendra pour une moisson d’automne

Avec une participation de plus d’élèves et étudiants,

Avec un trajet de 422 km soit 10 marathons…en forme de cœur à parcourir en 72 heures

Et une guignolée sans contacts avec des milliers de sacs qui seront distribués par nos bénévoles.

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Notre ultramarathon à tous

Série de 4 textes écrits en collaboration avec Jean-François Poirier pour

PODIUM – L’histoire au-delà de la performance

Chapitre 1: Notre ultramarathon à tous

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Le plaisir de manger des cornichons à l’aneth

« Be grateful to something when the night will come »

Voilà les mots d’une athlète qui m’encourage lors de ma course de 24h au New Jersey. Ça doit faire 6 heures que la course est commencée. Un soleil de plomb me chauffe sur un parcours de 1 mille (1.6 km) sans point d’ombre. Je dois répéter ce parcours le plus de fois en 24 heures. Déjà après le premier marathon, soit 26 tours, en 3h35, je me demande comment je vais réussir à maintenir la cadence  pour le reste de la course. La chaleur m’écrase. Elle me commande de ralentir. J’alterne la course et la marche.

J’ajoute quelques tours.

Au départ de la course, j’avais des tensions dans les muscles adducteurs au niveau de mon aine droite. Un point faible depuis quelques années. Auto-massage, massage avec une balle ou un bâton. Tout y passe la veille de ma course. Comme un diesel, je vais partir ça lentement pour laisser le temps à mes muscles de se réchauffer. Mais là, je surchauffe. Mon cerveau est en mode protection pour m’éviter un coup de chaleur. Et je l’écoute.

J’ajoute quand même quelques tours.

Parmi les 80 coureurs qui débutent la course, je reconnais les bons coureurs. Ils ont plusieurs tours d’avance sur moi. Mais avec ce soleil et l’incapacité de maintenir un rythme rapide, certains abandonnent.

Pendant ce temps, j’ajoute encore des tours.

J’ai beaucoup misé sur le Marathon de Boston en duo cet hiver. Pour éviter la fatigue des ultra-longues sorties, j’ai restreint mes plus longues sorties à 50 km. Je voulais tout de même améliorer ma meilleure distance sur 24 heures lors de cette course. Je visais plus de 220 km. Mais ce ne sera pas aujourd’hui. Par contre, je suis là pour vivre une course de 24 heures. Apprendre. Vivre les sensations au fil des heures qui défilent. Cette fatigue qui s’installe graduellement. Et voir comment je vais réagir, m’adapter.

Et, j’ajoute encore des tours.

La nuit tombe.

La fraîcheur s’installe.

Mon corps apprécie.

Le rythme est meilleur.

Et une succession de petits plaisirs me permettent d’ajouter encore plus de tours :

Des cornichons à l’aneth. Quel délice salé. Oh!!! Et cette soupe au poulet et nouilles : un régal. Des patates pilées. J’adore. Des jujubes aux multiples couleurs. Autant de saveurs qui stimulent mes papilles gustatives. L’éveil d’un sens endormi par les gels et boissons sportives.

Un peu de musique cette fois. J’éveille un autre sens. Une première chanson qui me permet d’être aussi rapide qu’au début de ma course. « Beau malheur » d’Emmanuel Moire.  Tellement à propos. Ce paradoxe des épreuves et des doutes qui nous procurent un certain bénéfice. Ma cadence suit le rythme imposé par la mélodie. Le train est lancé.

Un coureur arrive à ma hauteur. Il a 8-10 tours d’avance. Il a besoin de compagnie pour compléter son 100 milles. Il prévoit arrêter ensuite. Cette jasette au milieu de la nuit me permet d’oublier mes douleurs. Car des douleurs, j’en ai bien sûr. Mais ma course sera plus facile durant cette partie de la nuit. Après environ 17 heures de course, il arrête. Mon 100 milles, surviendra 1h30 plus tard.

Et c’est là que j’ai pris les commandes de la course.

Quelques calculs me font réaliser que, si j’atteins 131 tours, je complèterai alors 5 marathons. Il y a une mince possibilité que je puisse y arriver. Ne brusquons pas trop les choses. Allons-y un tour à la fois.

Les hauts et les bas se succèdent sur ce terrain plat.

Fatigue, douleur, épuisement, nausées, manque d’énergie.

Je marche, je cours, j’avance.

Le chant d’un coq au loin. Le bruit des oiseaux. Le jour se lève tranquillement. Je suis toujours debout. J’accumule les tours. À ce rythme, ce sera peut-être 128 ou 129 tours. J’ai eu peu de repos. Le seul moment où je me suis assis, c’est pour changer mes souliers…5 minutes.

Je partage la route maintenant avec mon plus proche rival. Il accuse 2 tours de retard. Nous courons ensemble quelques tours lorsqu’il doit s’arrêter pour une pause-toilette. Je gagne un tour de plus sur lui. Il doit bien rester 3 heures de course. Rien n’est gagné mais après autant d’heures à courir, je ne pense qu’à accumuler les derniers tours tranquillement, sans pression.

J’alterne la course et la marche. Je marche surtout.

Et voilà, mon poursuivant me passe en coup de vent. Il a retrouvé son énergie perdue. Il m’invite à le suivre mais déjà il est plusieurs dizaines de mètres plus loin.

Je le sais. Si je lui laisse cette chance de me rattraper à nouveau, il gagnera en confiance et poursuivra à cette cadence pour plusieurs autres tours. Rien n’est vraiment gagné. J’accélère. J’essaie de le garder dans ma mire. Il gagne environ une centaine de mètres seulement par tour. Un tour. Deux tours. Trois tours. Quatre tours.

J’accélère encore. Je gagne en vitesse. Chaque tour en près de 8,5 minutes.

Mes tours s’accumulent encore et il ne me rattrape pas. Le temps  s’épuise. La course tire à sa fin. Et là, je le vois. Il marche. J’ai réussi à casser son regain d’énergie. Et moi, je suis bon pour courir encore.

130e tour.

On m’annonce qu’il ne reste que 12 minutes à la course.

« Plenty of time » que je crie en accélérant de plus belle. Mon dernier tour de piste. Le tour de la victoire. Je me sens léger. Libre.

Un dernier tour en 8 minutes.

131 tours en 24 heures.

131 milles.

211 km.

Exactement 5 marathons.

Aucune ampoule. Aucune crampe. Aucune irritation.

La perception de l’effort, la perception de la douleur dépendent de plusieurs facteurs. Tous ces messages pour m’inciter à arrêter. Mais il ne suffit que de trouver cette petite étincelle, ces petits plaisirs pour réaliser qu’il me reste de l’énergie, une force pour poursuivre le défi et dépasser ce que je croyais être ma limite.

À tous ceux qui abandonnent parce qu’ils n’ont plus de plaisir, accrochez-vous encore.

L’ultramarathon m’amène à rechercher ces petites étincelles, ces petits plaisirs, ces petits détails parfois insignifiants. Des détails qui passent inaperçus si on n’y porte pas attention.

Et c’est en vivant les moments difficiles que j’apprécie encore plus tous ces plaisirs.

L’ultramarathon, avec ses hauts et ses bas, est réellement une de mes sources de bonheur.

Sébastien Roulier (www.sebastienroulier.com)

Ultramarathonien, blogueur, conférencier, pédiatre, professeur, médecin gestionnaire et père de 3 enfants.

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Marathon of Kindness

Prologue

Lors du weekend menant au 3e lundi du mois d’avril, des milliers de gens convergent vers Boston pour participer au mythique Marathon de Boston. La ville vibre par la présence des coureurs, de leurs accompagnateurs et de tous les spectateurs. Parmi les protagonistes, nous retrouvons un duo : un coureur de Sherbrooke, Sébastien et une coureuse de Chicoutimi, Marie-Michelle. Ils sont accompagnés des parents de celle-ci, Nicole et Luc, et de l’équipe Kartus, les concepteurs d’une chaise qui permettra au duo de compléter la distance de ce marathon.

Lorsque Sébastien et Marie-Michelle sont réunis au Copley Square de Boston deux jours avant la course, une anecdote touchante, racontée par Marie-Michelle, conduira au titre de cette pièce :

Dans un kiosque extérieur, Marie-Michelle porte son regard sur les manteaux aux couleurs du Marathon de Boston. Elle est intéressée par ce dernier. Elle doit cependant essayer différentes grandeurs pour faire le bon choix. Durant cette période d’essayage, une personne assurant la sécurité s’approche. Il demande à Marie-Michelle si elle a fait son choix.

« The 2019 Boston Marathon is the Marathon of Kindness », dira-t-il en payant le manteau au coût de 110$. Un geste généreux de la part de cet inconnu.

Acte 1 : La veille à Hopkinton

Le village d’Hopkinton, à près de 40 km à l’ouest de Boston, sera le théâtre du départ de la course. Pour l’instant, tout est calme. Rien ne laisse présager que plus de 25 000 coureurs envahiront cette petite municipalité le lendemain matin.

En marchant dans les rues, le duo et leurs accompagnateurs découvrent la statue de Dick et Rick Hoyt mieux connus sous le nom de Team Hoyt. Un père dévoué qui a permis à son fils handicapé de participer à de nombreuses courses dont plus de 30 marathons de Boston. Demain, Marie-Michelle vivra la fébrilité de son premier marathon de Boston quant à Sébastien, ce sera son treizième.

Acte 2 : Le matin de la course

Le rideau se lève sur un ciel déchiré par les éclairs. Des orages sévissent. Des conditions qui ressemblent à ce que les coureurs ont vécu l’année précédente.

La dizaine de duos et ceux en handicycles sont tous réunis sous un grand chapiteau tout près de la ligne de départ. Il y a beaucoup plus d’espace que dans les tentes, sur un terrain de football à proximité, pour les milliers de coureurs qui y seront entassés. Ici, il y a des chaises pour s’asseoir et de la nourriture pour emmagasiner toute l’énergie nécessaire. Malgré la pluie, le duo est d’attaque pour relever le défi à venir. Les parents de Marie-Michelle ont même la chance de vivre cette attente avec les coureurs.  

Mais, pour que le scénario soit parfait, il faudrait bien que les averses cessent avant le départ.

Acte 3 : Départ de la course

Tout juste avant de quitter la tente pour se diriger vers la ligne de départ, la pluie cesse. Il est 9h environ. Le départ est à 9h25. Pour que les chaises ne nuisent pas aux milliers de coureurs, les organisateurs ont prévu un départ 35 minutes avant le départ de masse et 7 minutes avant celui des femmes élites.

Les handicycles et les duos s’approprient la scène. Ils sont maintenant sur la ligne de départ.

Aucune répétition pour cette course. Sébastien et Marie-Michelle n’ont pas eu la chance de courir ensemble depuis leur marathon à Montréal qui leur a permis de décrocher un Record Guinness. Mais, la mise en scène est connue pour Sébastien. Avec cette 13e participation, il connaît les obstacles que peut présenter ce marathon. Le duo est prêt pour cette grande première.

Le départ est donné.

Ensemble vers l’avant, vers Boston, le duo s’élance.

Acte 4 : En route vers Boston

En cette journée du Marathon Monday, c’est congé du Patriots’ Day au Massachusetts. Pour plusieurs, le Marathon de Boston, c’est leur Super Bowl. Ils sont plus de 500 000 spectateurs le long du parcours et du haut des balcons. Une foule venue encourager leurs proches, aux premières loges pour voir passer les coureurs élites mais au final, une foule bruyante pour applaudir tous les coureurs.

Le marathon peut être vécu dans sa bulle mais, il y a un danger d’accorder trop d’importance aux messages négatifs envoyés par le corps. Au Marathon de Boston, il faut livrer sa performance en interagissant avec la foule. Le pouvoir des spectateurs ne peut être sous-estimé. Ils transportent les coureurs. Sébastien le sait. Ils sont tous là pour eux.

Avec leur départ avant la masse de coureurs, la route appartient aux duos. Tous les projecteurs sont tournés vers eux. Ils endossent leurs rôles à merveille : présenter un visage différent de la course à pied, partager le bonheur de courir sur ce parcours tant convoité. Et tout ça, en échangeant des sourires avec toutes ces personnes.

Sébastien n’hésite pas à demander aux spectateurs de faire plus de bruit, de crier plus fort. Quel vacarme dans tous les villages traversés par le duo!!! Et malgré les crampes qui commencent à sévir au 25e km, Sébastien poursuit son dialogue avec tous ces gens. The show must go on. Toute cette énergie lui fait oublier ses douleurs.

Acte 5 : Au fil d’arrivée

L’apogée est atteint dans ce dernier virage qui amène le duo sur Boylston Street au centre-ville de Boston. Au loin, on aperçoit les estrades et l’arche qui annonce la fin du marathon. La foule est en liesse. Une vague de décibels qui amène une dernière accélération du duo.

C’est l’exultation, une explosion de joie. La ligne d’arrivée est franchie. Sébastien et Marie-Michelle, finishers du Marathon of Kindness.

Le temps final: 3h17. Toute une prestation par le duo.

Quelle fierté pour les deux coureurs qui retrouvent leurs accompagnateurs et célèbrent cet accomplissement.

Et, le rideau tombe sur Boston et son marathon.

Épilogue

Autant de chemins qui ont permis la réunion de tous, voilà qu’après un bon repas partagé en groupe chacun retourne sur leur propre chemin. Marie-Michelle et sa famille feront un détour par la côte Est de la Nouvelle–Angleterre et l’équipe Kartus profitera encore un peu de la région de Boston. Fidèle à ses habitudes, sur le retour vers Sherbrooke, Sébastien fera une escale dans les Montagnes Blanches. Une escapade au Mont Lafayette pour prendre un cliché au sommet de la montagne d’une altitude de 5250 pieds avec le gilet et la médaille de l’édition 2019 du marathon.

Tous ces moments vécus  au marathon de Boston 2019 seront cristallisés sur pellicule grâce au travail apprécié de l’équipe PODIUM – Radio-Canada Sports avec le journaliste Jean-François Poirier, le réalisateur Sylvain Caron et les caméramans. Cette équipe a suivi le duo, les parents de Marie-Michelle et l’équipe Kartus pour produire le documentaire Toujours devant que vous pourrez visionner ici.

Sébastien Roulier (www.sebastienroulier.com)

Ultramarathonien, blogueur, conférencier, pédiatre, professeur, médecin gestionnaire et père de 3 enfants.

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Unlock 2019 : Combinaison gagnante pour le Marathon de Boston en duo

Il y a deux ans, j’écrivais ceci :

Mon projet fou est d’amener un passager au Marathon de Boston 2018. Pour y parvenir, je dois me qualifier lors d’un autre marathon. […] J’aimerais bien que le Kartus trouve sa place au départ de ce marathon…

Je m’étais un peu emballé dans ce projet. 2018 n’était pas la bonne année pour le réaliser. 2019, par contre l’est. Le marathon de Boston en duo, le 15 avril dernier, est déjà du passé.

Mais, c’est en portant un regard sur les événements du passé que je réalise qu’ils déterminent ceux à venir. Comme une réaction en chaîne. Une chaîne d’événements. Comme si au bout du chemin, un autre apparaissait pour m’amener irrémédiablement au départ de ce mythique marathon. C’est à la recherche de ces coïncidences que je peux retracer la voie et découvrir l’origine de cette mission.

En duo avec Marie-Michelle

L’année 2018 aura été mon tremplin pour les courses en duo. Rien n’était planifié au début de l’année mais j’ai ajouté ces aventures malgré un calendrier déjà chargé. Je ne voulais pas rater ces opportunités. C’est au mois de mai que j’ai rencontré Marie-Michelle grâce à l’équipe Kartus. Quelques semaines auparavant, l’équipe Kartus m’a informé qu’une co-coureuse était prête à embarquer dans la chaise pour une course. On m’offrait la chance d’être le coureur. Nous avons fait le demi-marathon de Lévis en un temps de 1h30, un Record Guinness récemment homologué. Cette course m’a surtout fait réaliser que les sensations ressenties lors d’une course peuvent être vécues par tout le monde, que la passion de la course atteint même ceux qui ne peuvent utiliser leurs jambes pour courir. Et comme coureur, j’en ai retiré que du positif malgré une course de 80 km complétée la veille. La course, ça se joue dans la tête. La douleur, c’est dans la tête aussi. Il suffit de la remplacer par des émotions positives. Un geste si simple de pousser une personne qui procure un dépassement de soi et qui permet de partager le bonheur. Et que dire de la reconnaissance exprimée par l’entourage de Marie-Michelle? Ça donne des frissons.

C’est avec enthousiasme que j’ai appris, durant l’été, que Marie-Michelle voulait se lancer dans l’aventure du marathon, celui de Montréal. Malgré ma principale course de la saison, le Spartathlon, soit une course de 250km en Grèce, prévue 5-6 jours après le marathon, j’ai décidé de me lancer dans ce défi de « marathon en duo ». Le reportage de Jean-François Poirier de Radio-Canada résume bien la course à Montréal. L’équipe Kartus avait bien planifié cette rencontre avec l’équipe du journaliste. Et la course a été formidable. Quelle énergie!!! Le plus facile de tous mes marathons. Dans les temps visés en plus : 3h01, bon pour un autre Record Guinness. Un premier marathon pour Marie-Michelle. Ce marathon en duo était la clé nécessaire pour entrer sur le parcours du Marathon de Boston. Mais, à quoi peut bien ressembler le chemin qui m’a mené à rencontrer l’équipe Kartus?

Les Courses partagées de Sherbrooke

Les organisateurs  du Défi Félix Deslauriers-Hallée, un événement bénéfice qui permet d’amasser des fonds pour le Programme à Félix de la Fondation québécoise du cancer, m’ont approché pour la présidence d’honneur de l’événement en 2015 et 2016. Pour l’édition de 2016, j’ai eu l’idée de participer à la course de 10km en poussant quelqu’un qui avait bénéficié des services du programme. C’est à ce moment qu’un des membres du Comité Organisateur m’a parlé d’un produit, une chaise créée par des étudiants de la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Mes recherches, tant d’un passager que du propriétaire de la chaise, ont été vaines.

Un an plus tard, mon collègue de travail me fait suivre un courriel d’un ancien collègue de sa promotion. La personne cherchait des coureurs pour pousser des co-coureurs dans une course de 5km à Sherbrooke. C’était mon premier contact avec Marc Therrien, l’homme derrière les Courses partagées de Sherbrooke. C’est également à ce moment que j’ai rencontré l’équipe du Kartus, cette fameuse chaise spécialisée pour les personnes à mobilité réduite.

Mon ambition n’était pas de limiter mon partage que pour les Courses partagées. Je voulais amener la mission du Kartus et des Courses partagées dans les courses officielles.

Voilà, les pièces du casse-tête s’emboitent mieux pour dresser un tableau plus clair du chemin parcouru pour réaliser mes courses en duo avec Marie-Michelle. Mais, ma rencontre avec les organisateurs du Défi Félix Deslauriers-Hallée voit aussi un chemin y conduire.

Engagements et partage

Mon parcours de coureurs a bifurqué à un certain moment vers les ultramarathons et les sentiers. Pour que la fin de mes marathons soit plus facile, j’ai augmenté la distance de mes longues sorties. Tant qu’à courir longtemps en solitaire, pourquoi ne pas le faire dans une course organisée? C’était un ultramarathon de 80km en sentiers en 2011. J’ai adoré l’expérience et les sensations. Et mes résultats m’ont propulsé vers les Championnats Mondiaux de trail, mes Olympiques. À partir de ce moment, j’ai eu une révélation : la course serait mon projet de développement personnel et de partage. Je devais développer mon projet «En mouvement pour la santé». Site web, blogue, conférences. Promouvoir les saines habitudes à travers ma passion de la course. J’ai ouvert mes horizons pour ne pas hésiter à m’engager auprès de différentes causes. Mes exploits en ultramarathons ont aussi été un phare et ont amené une certaine visibilité dans ma région. Cette ouverture m’a permis de rencontrer tous les organismes déjà nommés dans cet article. Autant de points me dirigeant tranquillement vers ma rencontre avec les Courses partagées de Sherbrooke.

Team Roulier

Je ne peux passer sous silence une autre période où je poussais mes enfants dans un Chariot. Leur partager ma passion en les invitant sur mon terrain de jeu, bien installés, aux premières loges. Des podiums, ils en ont vécu plusieurs. Cette énergie que procurent ces réalisations en duo amène un désir de répéter tout ceci. Mais, les enfants ont grandi et la poussette a été rangée. Mais ces expériences en duo avec mes enfants se sont imprégnées en moi. En fait, toutes mes expériences de courses depuis l’an 2000 m’ont graduellement amené vers le point où je me trouve actuellement.

Le premier pas

Chacune de mes destinations pour 2019 commence par ce moment où j’ai décidé de faire mon premier pas de course et par lequel ma passion a grandi. C’était en 2000, l’année où je m’entraînais pour mon premier marathon, celui de Québec.

Mais, était-ce vraiment mon premier pas?

J’ai bien eu une période plus calme à la course lorsque j’ai entrepris mes études collégiales et universitaires. Mais l’activité physique a toujours eu une place importante dans mon horaire. Randonnées pédestres, longues randonnées à vélo. Le goût de bouger a toujours été présent.

Durant toutes mes années au primaire et au secondaire, je survolais les distances lors des Olympiades scolaires. J’aimais courir et surtout bouger. Je me rappelle certaines soirées à jouer à la cachette avec tous les amis du quartier. Ou encore la fois où je m’entraînais pour le 5km du Rallye Minta à St-Bruno…dans mon sous-sol à courir autour de la table de billard. Ma mère a eu pitié de moi et a demandé à mon frère de m’accompagner à l’extérieur. Et que dire de toutes ces sorties plein-air avec mon grand-père. Sa valise d’auto était un entrepôt d’équipements sportifs de tout genre.

Et je pourrais remonter ainsi jusqu’à ma naissance pour réaliser l’apport de chacun de mes parents dans la personne que je suis maintenant.

Chaque moment se construit sur le précédent

Our lives and our choices, each encounter, suggest a new potential direction.

(Traduction: Chaque point de jonction, chaque rencontre est une fenêtre ouverte sur d’autres horizons.)

– Tom Hanks alias Isaac Sachs in Cloud Atlas

Comme une suite de points qu’il faut relier sans trajectoire définie. Obtenir les bons codes pour découvrir toutes les possibilités qui s’offrent à nous et percer les secrets que nous réservent l’avenir.

J’ai déterminé mon chemin et j’en ai suivi un autre et un autre. Face aux opportunités ou aux épreuves qui se présentaient, je suis resté ouvert aux expériences. Et vingt ans plus tard, j’ai toujours ce goût de courir.

Chaque défi est le passage vers un autre défi. Rien n’est figé. Une quête sans fin. Relier les points qui m’amènent toujours vers un nouvel horizon. Tout est dynamique, jamais immobile. Comme la vie. La course est une métaphore de la vie.  Aller de l’avant. Je dois avoir des projets et explorer. Être dans le mouvement présent pour vivre le moment présent. Et tous ces détours empruntés ont forgé ma personnalité et raffinés mes valeurs. Une blessure qui m’a permis de changer ma perception des entraînements. L’erreur de vouloir revenir sur le même chemin après une blessure, je ne l’ai pas faite. J’ai poursuivi mon chemin en acceptant d’être blessé. C’était mon nouveau chemin. C’était au début 2015. Les années qui ont suivi ont été exceptionnelles.

Réflexion sur nos valeurs, notre vision, notre mission

Il est important d’avoir une vision, des rêves. Les nommer, les crier, les vivre. Ils guident nos actions. Ils nous permettent de choisir le bon chemin. Ou ce qu’on croit être le bon chemin. Il est important de porter une attention à ce qu’on y vit comme le propose James Redfield dans La Prophétie des Andes. On y fera des rencontres, on y vivra des épreuves, on se questionnera. Nous devons garder en tête ce qui est important pour nous, établir nos priorités. Sur le chemin, il y aura des obstacles, des moments plus difficiles mais l’important est de voir l’horizon au loin et de réaliser que ce que l’on vit ça rejoint nos valeurs, notre vision et notre mission.

Il ne faut pas craindre les détours. La ligne droite ne fait que nous amener plus rapidement vers notre finalité. Bien sûr, en empruntant un chemin, on en évite plusieurs autres, et donc on manque certaines opportunités. Mais l’important est que sur ce chemin, on y trouve le bonheur. On aura alors l’impression d’être au bon endroit au bon moment et d’avoir trouvé la bonne voie pour soi. Et le chemin qui m’a mené au Marathon de Boston en duo est pour moi le bon chemin. Un chemin qui rejoint le médecin qui veut promouvoir l’activité physique mais aussi qui brise certaines barrières avec les gens à mobilité réduite. C’est une ouverture aux autres, une action d’engagement social. On pourrait y voir une bonne action altruiste, de l’abnégation. Mais, le don de soi est plutôt rare. On y fait toujours quelques gains. Dans mon cas, ces courses en duo renouvellent ma motivation à courir. J’y gagne une énergie que je ne peux avoir en courant seul.

La chanson de Pink Floyd, On the Turning Away, est très à propos. Elle évoque les souffrances subies par certaines personnes et présente surtout l’indifférence des gens. Les paroles finissent sur une touche d’espoir: il faut agir et vivre en s’aidant mutuellement. Les courses en duo permettent à chacun, coureurs et co-coureurs, de s’épanouir.

No more turning away
From the weak and the weary
No more turning away
From the coldness inside

Just a world that we all must share
It’s not enough just to stand and stare
Is it only a dream that there’ll be
No more turning away?

– Pink Floyd (On the Turning Away – A Momentary Lapse of Reason – 1987)

Sébastien Roulier (www.sebastienroulier.com)

Ultramarathonien, blogueur, conférencier, pédiatre, professeur, médecin gestionnaire et père de 3 enfants

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