
Un camp à Canmore, une aventure, pour découvrir les sommets, me connecter avec cette nature grandiose, rencontrer des gens extraordinaires et vivre de beaux moments en leur compagnie. Et surtout, me permettre d’éveiller mes sens loin du brouhaha quotidien, savourer le moment présent et nager dans le pur bonheur.

Prologue
Courir pour se découvrir organise un camp annuel à Canmore, en Alberta. En toile de fond, les Rocheuses : leurs sommets, leurs sentiers, leurs lacs et leurs rivières. À chacun des participants d’y créer son œuvre par le mouvement de la course. À chacun d’y ajouter sa couleur et ses émotions, de sorte qu’in fine un chef-d’œuvre en émerge.
J’ai exploré la course par le biais de multiples expériences, mais celle d’un camp ne figurait pas encore parmi mes réalisations. Deux amis m’ont convaincu d’y participer. Récemment séparé, je sentais que ma tête, mon cœur et mon corps allaient pouvoir se déposer dans ce lieu unique.
À maintes occasions, on m’a prévenu que ce camp ne serait pas à la hauteur de mes performances. Pourtant, au cours de la dernière décennie, ces dernières n’ont jamais guidé mes entraînements. Courir au feeling, vivre des aventures, réaliser des défis et célébrer le dépassement de soi ont plutôt pavé le chemin qui m’a mené là où je suis maintenant. Je n’avais aucun objectif de kilométrage, de cadence ou de dénivelé à atteindre. J’avais la conviction que j’allais bien m’intégrer au groupe et aux sorties proposées. J’avais tout de même effectué mes recherches pour ajouter des sommets et des trajets lors des périodes libres pour m’y évader.
La tempête avant le calme : tribulations dans les aéroports
Pour atteindre Canmore, nous avions prévu un vol direct Montréal-Calgary. Notre arrivée au Base Camp Lodge devait se faire vers 16h, heure locale. Nous y parviendrons finalement 12 heures plus tard, après deux escales imprévues à Québec et Toronto.
Vol initial retardé puis annulé.
Vol au départ de Québec retardé à cause de valises tombées sur le tarmac; moteurs coupés, nous étouffons dans une carlingue privée d’air climatisé.
Troisième vol lui aussi retardé : « Tous les passagers doivent sortir. Laissez vos effets personnels. Il y a eu un déversement d’essence lors du remplissage. »
À mi-vol, une situation de « Y a-t-il un médecin à bord? » survient. Pas besoin d’effectuer un atterrissage d’urgence, mais impossible de fermer l’œil car je dois porter assistance au passager.
Pour couronner cette série de mésaventures, nos chambres ne sont pas prêtes à notre arrivée à Canmore.
Toutes ces adversités ont soudé instantanément les liens entre les participants du camp. Chacun a fait preuve d’une incroyable résilience, et c’est inspirant d’en être témoin. Traverser de telles épreuves est une opportunité unique pour savourer pleinement les petits bonheurs des jours suivants.
Les sommets partagés
Souvent en mode randonnée dans les montées et à la course dans les descentes, nous explorons différents endroits des Rocheuses. Nos pas nous mènent autour du lac Louise d’un bleu turquoise éclatant et du mont Big Beehive qui le surplombe. Puis, il y a le mont Sulphur à Banff qui offre une vue splendide sur les hauts sommets. Nous gravissons aussi le sentier Lady MacDonald à Canmore, sans toutefois atteindre le vrai sommet.
Chaque kilomètre parcouru ensemble dévoile la personnalité de mes compagnons. À chaque sortie, la complicité grandit. Nos conversations mêlent réflexions et philosophie, le tout dans une atmosphère d’écoute, de bienveillance et sans le moindre jugement.






Mes aventures solitaires
Courir me fait vibrer, le mouvement me transporte. Découvrir de nouveaux chemins, conquérir les hauteurs, je suis un chasseur d’horizons et de sommets. Seul face à la nature, lors de mes escapades en solitaire, chacun de mes sens s’éveille intensément.
Voyager, c’est aussi aller au bout de ses promesses. Avant même de boucler mes bagages, je m’étais fixé un objectif clair : réaliser chacun des parcours inscrits sur ma liste. Ce voyage s’annonçait comme un enchaînement de défis.
Mon exploration débute par le Grassi Knob. Ce petit pic surplombe la ville de Canmore et offre une vue magnifique sur les Three Sisters. Un sommet symbolique, puisque c’est lui qui viendra couronner la fin de notre camp à tous.
Déçu de ne pas avoir atteint le véritable sommet du mont Lady MacDonald avec le groupe, j’y retourne le jour même. Progresser sur la crête effilée, suspendu au-dessus du vide, exige une concentration absolue. Ici, aucune erreur n’est envisageable.
Un matin, je décide de faire l’école buissonnière. Mon esprit et mon cœur réclament les sommets plutôt que le bitume de la route. Cap sur EEOR (East End Of Rundle). Ce fut ma plus belle randonnée : une ascension soutenue offrant des panoramas grandioses et la surprise d’une prairie suspendue. L’adrénaline était au rendez-vous dès l’approche du sentier, alerté par des grognements sourds dans les bois et la découverte d’une carcasse de chèvre fraîchement tuée – et qui avait d’ailleurs été déplacée à mon retour.
Enfin le mont Grotto ! Le plus haut sommet atteint de toute ma semaine de camp, avec un nouveau panorama à couper le souffle.






Moments de pur bonheur
Emmanuel Moire, dans la chanson Beau malheur, nous dit :
« Qu’il m’a fallu la peur / Pour être rassuré / Que j’ai connu la douleur / Avant d’être consolé / Qu’il m’a fallu les pleurs / Pour ne plus rien cacher / Que j’ai connu la rancœur / Bien avant d’être apaisé / Tu ne sais pas encore / Ce que je sais par cœur / Ce que je sais par cœur / Beau malheur »
Chaque tempête — dans la course comme dans mes vies personnelle, familiale et professionnelle — m’a fait grandir. C’est en domptant ces inconforts que je peux saisir le bonheur chaque jour.
Mes moments de bonheur lors de ce camp auront été :
- Une première baignade dans le lac Louise, coup d’envoi de plongeons quotidiens dans les rivières de Canmore et Banff. L’eau des glaciers réveille instantanément les sens et le corps;
- Les nombreux smoothies savoureux;
- Les parties de Hitster en bonne compagnie;
- Les panoramas grandioses en altitude;
- Les odeurs enveloppantes de conifères;
- Les fous rires partagés;
- Les soupers animés entre amis;
- Le vent qui souffle sur chaque sommet atteint;
- Les couleurs éclatantes de la forêt et des lacs;
- La complicité naturelle avec mes cochambreurs et tous les autres participants, en étant témoin de l’épanouissement de chacun d’eux;
- Les prairies alpines, signes que même en milieu hostile, la vie s’accroche et persiste;
- Une folle course sur la Hoodoos Loop avec quelques amis, en plein territoire d’ours avec pour seule défense ma clochette;
- Les vagues qui bercent le raft lors de la descente de la rivière;
- La musique, le chant et la danse pour célébrer et se rassembler;
- Un sabrage de bouteille raté qui a déclenché des éclats de rires mémorables;
- Une fondue au chocolat improvisée avec une fraise succulente;
- Une séance de yoga réparatrice, me donnant l’espoir de retrouver un peu de flexibilité;
- Les sourires fiers de mes compagnons lorsqu’ils ont atteint le pic Grassi Knob, notre dernier sommet « facile ».







Épilogue
Enfin, assis seul sur un banc, les yeux clos, juste avant de partir, avec un soleil qui me chauffe le visage, le bruit de la rivière qui coule, le chant des oiseaux. Tout est calme, serein. C’est à cet endroit que j’ai déposé mes dernières pensées, ma gratitude pour tout ce que j’ai vécu.
Car c’est là l’essentiel : vivre.
« J’ai besoin pour vivre sur terre de soleil et de pluie / De légumes et de fruits / J’ai besoin de bouger, de dormir et manger / Je peux pas vivre sans être aimé / J’ai besoin pour vivre sur terre de rire de m’amuser / Et surtout de chanter / J’ai besoin de danser avec le monde entier / Je peux pas vivre sans être aimé » (Besoin pour vivre, Pierre Lalonde/Claude Dubois)
En ouvrant les yeux, la lumière du soleil ne fait plus seulement chauffer ma peau : elle éclaire ma route. Je me lève du banc, l’esprit léger, prêt à créer la prochaine toile, à écrire le prochain chapitre.
Mais… non. Pas tout de suite.
Comme j’aimerais y rester plus longtemps !


























