
La nuit est calme. Un peu froide. Mais le versant de la montée et de la descente est bien protégé du vent qui sévi au sommet. Une montée par le sentier l’Intrépide avec des sections techniques où l’usage des cordes est nécessaire pour gravir les parois rocheuses glacées. Une descente sur le sentier Panoramique qui se négocie à merveille. Un sentier nivelé par l’accumulation de neige et les passages répétés des randonneurs durant l’hiver.
Je suis seul sur les sentiers.
À cette heure, qui d’autre voudrait abandonner la chaleur des couvertures pour passer une nuit blanche à courir? Cette solitude ne m’effraie pas. Je la recherche, même. Une opportunité de me retrouver, de réfléchir, sur moi, sur ce qui est important pour moi. Aucune musique dans les oreilles, je n’écoute que le murmure de la nature, ma respiration et le bruit de mes pas dans la neige.
Et j’accumule les montées et les descentes. Chaque montée se termine en touchant la croix qui domine le sommet. Chaque descente se solde par un moment plus ou moins long pour me ravitailler à ma voiture.


Le majestueux mont Ham culmine dans la MRC des Sources. Ce parc régional accorde une importance fascinante à la culture autochtone. Chaque montée débute par un sentier plat d’environ 300 mètres dans le secteur Waban-aki de la montagne, un sentier d’interprétation où la culture des premiers peuples est omniprésente. Un rite de passage où je m’imprègne de cette énergie bienveillante avant d’entreprendre l’ascension. La fin du trajet se termine par ce même sentier. Une fin de parcours qui me rappelle toute cette chance que j’aie de fouler ce territoire en harmonie avec la nature. Ceci ne commande que du respect.
Normalement, la montagne n’est pas accessible en soirée et pendant la nuit sauf pour les campeurs ou lorsqu’il y a des activités organisées. Au préalable, j’avais communiqué avec le directeur du Parc régional du mont Ham pour qu’il m’autorise à réaliser mon défi. J’ai devancé le début de mon défi au 13 février en fin de journée comme un froid glacial s’annonçait dans la nuit du 14 au 15 février. Malgré un réveil à 6h du matin pour entreprendre ma journée de travail, le soleil qui brille est si invitant que je me lance dans mon odyssée, sans repos, dès 16h40.
Le premier pas est toujours le plus important. Il permet de surmonter l’inertie. On dit souvent qu’il est le plus difficile. Dans mon cas, il ne l’est pas. Il demande beaucoup de courage cependant. Le courage de faire ce premier pas, précurseur à des milliers d’autres. Le courage de partir le chrono en sachant que mon périple se déroulera sur près de 24 heures. Comme dans tous les défis et les épreuves que j’ai surmontés, il faut y aller une étape à la fois. Il ne faut pas penser à la fin du défi. Seulement se laisser transporter par le moment présent.


Avant de me retrouver seul dans la nuit, seul avec mes pensées, ma soirée est agrémentée de quelques moments drôles. Un couple, qui a établi leur campement au sommet de la montagne, m’encourage à chacun de mes passages au sommet. Le faisceau de ma lampe frontale leur annonce ma présence alors qu’ils sont blottis dans leur tente. Et jusqu’à ce qu’il s’endorme, ils m’applaudissent. Et soudainement, à 3h du matin, leurs cris retentissent à nouveau. Heureusement, ils me confirment que je ne les ai pas réveillés.
À la base de la montagne, cette fois, un groupe transporte leurs effets vers leur campement. Pour faciliter le transport de tout ce matériel, ils ont la bonne idée d’emprunter le sentier Waban-aki … avec leur voiture. Bien que le sentier soit assez large, une manœuvre vers le bas-côté a vite transformé leur soirée en épreuve de solidarité. Pendant 3-4 heures, ils ont utilisé plusieurs astuces pour déprendre la voiture enlisée sur le fragile sentier. Ils ont trouvé bizarre que je m’amuse à monter et à descendre la montagne durant de nombreuses heures. Et moi, j’ai suivi avec intérêt leur péripétie jusqu’à 1-2 heure du matin.
La soirée et la nuit sont souvent des moments difficiles pour maintenir le rythme. Plein de signaux sont envoyés au cerveau pour arrêter et se reposer. La fatigue s’installe. Mais dans ce défi, tout est différent. Je demeure bien éveillé durant toute la nuit. Aucun signe de faiblesse. Aucun signe d’endormissement.
Et au matin, tout se gâte. Lors de la 15e ascension, les précipitations de neige débutent. Ce qui est normalement féérique et agréable affecte grandement ma foulée lors de l’ascension. Le sentier dur est maintenant meuble. Beaucoup d’énergie est dépensée pour chacun de mes pas. Tout devient laborieux. Les allers-retours s’allongent. J’ai juste hâte de terminer.
Et puis, à la fin de ma 17e descente, Guillaume, un coureur de Plessisville, m’attend. Je ne le connais pas. Il a entendu parler de mon défi et a choisi de m’accompagner pour quelques tours en ce samedi matin. Eh bien, sa présence va changer totalement l’état d’esprit dans lequel je m’enfonçais. En jasant avec lui, j’oublie ma fatigue, mes douleurs se dissipent et je retrouve ma vitesse. Les sentiers ne m’apparaissent plus aussi difficile. Mon sourire revient. Je rayonne en croisant tous les randonneurs matinaux. Ceux-ci sont surpris de me croiser 2-3 fois. Ils sont encore plus ébahis quand je leur mentionne que j’en suis à ma 18e, 19e ou 20e montée.
Le défi consistait à accumuler, en dénivelé positif, l’équivalent de l’altitude du mont Everest de 8850 mètres. La cible est atteinte à ma 21e ascension. C’est lors de cette dernière montée que j’aie rendu visite au guerrier Awdowinno installé sur une crête près du sommet. Je crois bien avoir l’âme du guerrier par ma discipline, ma détermination, ma force et ma résilience face aux obstacles, ma capacité de transformer des objectifs en réalité, mon passage à l’action. Je puise mon identité dans mes actions à la course entre autres. Mais, rien n’est facile. Personne ne peut réussir seul.


Au terme de mon défi, je vais remercier les responsables du parc dans le bâtiment principal. Quel accueil j’ai reçu par les responsables mais aussi par les randonneurs !!! La nouvelle de mon accomplissement s’est propagée comme une traînée de poudre. Je me suis même fait assaillir par un groupe de jeunes randonneurs venus de la Rive-Sud de Montréal pour explorer le mont Ham. Ils auraient pu choisir le confort de leur maison. Mais, non, leur objectif est de gravir différents sommets les weekends. Pour un pédiatre qui prône l’activité physique, être en mouvement pour la santé, je ne pouvais que célébrer leur réalisation. Ceux-ci avaient maintes et maintes questions pour moi. Sans jugement. Leur rencontre a ajouté du bonheur à ma journée déjà réussie. L’un d’eux m’écrira plus tard que notre rencontre l’a inspiré à continuer à s’entraîner pour atteindre des objectifs plus hauts. J’ai prévu un petit meeting Teams avec eux pour leur présenter les différents sommets accessibles au Québec et aux États-Unis.

Oui, je fais des choses exceptionnelles à la course. J’exploite mon talent. Je me sens bien lorsque je suis en mouvement. Et de voir l’impact de mes réalisations sur les autres, la motivation et l’inspiration que ça entraîne, c’est tout aussi gratifiant que de réussir mes objectifs.
Maintenant, il est temps de donner et de partager.
Les 14-15 mars prochain, je vais participer à l’événement Ski Ta Vie qui récolte des fonds pour 6 fondations de la région de l’Estrie. Pendant 24h, je vais monter et descendre le mont Giroux en mode randonnée alpine (skimo). J’ai dans la mire ma marque de 2023 : 43 montées-descentes et 11000 mètres de dénivelé positif.
Formez une équipe et venez vous amuser à la montagne 😁 Venez m’encourager👏. Et donnez généreusement 🫶. Je suis inscris sous le nom Team Sébastien😎
https://coolecto.com/campagne/3604
Aussi, le 25 mars à midi, dans le cadre des conférences Ingéniosité sans frontières de l’Institut Interdisciplinaire d’Innovation Technologique, au côté de Philip Oligny, nous présenterons gratuitement « Courir ensemble : de solitaire à solidaire ». Conférence pour tous. Au plaisir de vous y retrouver en personne ou virtuellement.
Pour vous inscrire : https://www.usherbrooke.ca/3it/fr/actualites/evenements/details/57660
Statistiques de mon défi au mont Ham :
- 21 montées et descentes
- 92 km
- 8900 mètres de dénivelé positif
- Run time de 21h05
Trace Strava : https://www.strava.com/activities/17399323184



